13.05.2018 à 19:37

Genève

Toutous interdits à l'hôtel: une malvoyante s'insurge

Son chien-guide l'empêche de séjourner dans un hôtel, elle s'estime
discriminée. La direction met en avant la sécurité.

de
Lucie Fehlbaum
Basyl a été adopté par Isabel en août dernier. Auparavant, elle se déplaçait avec une canne.

Basyl a été adopté par Isabel en août dernier. Auparavant, elle se déplaçait avec une canne.

DR

«Ça me met la rage cette discrimination. Je n'ai jamais de problème pour entrer quelque part avec mon chien-guide. De la part d'un hôtel 4 étoiles, c'est aberrant!» Isabel, malvoyante, est outrée. Habitante du canton de Fribourg, elle doit prendre, fin mai, un vol à l'aube et souhaite dormir avec son chien-guide Basyl, dans un établissement proche de Cointrin. «Je suis tombée des nues en les appelant. La réceptionniste a été intransigeante: pas de chien, guide ou pas.»

Isabel a alors proposé à la Fondation Romande pour chiens-guides d'aveugles d'appeler l'hôtel, pour attester que Basyl est bien un guide. Rien n'y a fait. «Contrairement à la France, la loi suisse n'oblige pas à accueillir les chiens d'aveugles», précise Christine Baroni, directrice de la Fondation.

Pas de chambres pour «adaptées»

La direction a fini par contacter Isabel, lundi passé. Elle lui a expliqué qu'elle ne peut pas l'héberger, pour sa sécurité, faute de chambre adaptée. «C'est peut-être ce qui m'a le plus énervée. Je n'ai besoin d'aucun dispositif particulier, je me déplace normalement. Pareil pour Basyl. Je le prends tous les jours au bureau et tout va bien.»

Pour la direction de l'hôtel, refuser les chiens est aussi une question de sécurité pour le personnel. «On n'est jamais sûr du comportement de l'animal. Par ailleurs, on ne discrimine pas. On sait qu'elle est autonome mais sans téléphone en braille ou sonnette d'alarme, on ne veut pas prendre de risque.»

Rappel douloureux

Pour Christine Baroni, directrice de la Fondation Romande pour chiens-guides d'aveugles, les refus sont moins de la discrimination qu'un manque d'habitude de côtoyer des malvoyants. «Mais cela rappelle aux gens leur handicap et ça fait mal. Par ailleurs, qu'aurait fait cette dame si, suite à une annulation de vol, elle avait dû se loger tard le soir?» La directrice précise que les taxis, les établissements hospitaliers et les cinémas sont ceux qui ont le plus tendance à refuser ces toutous.

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