Berne: Toxicos sevrés sous narcose complète
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BerneToxicos sevrés sous narcose complète

Depuis 2012, l'hôpital d'Interlaken (BE) réalise des désintoxications sous anesthésie totale. La méthode, abandonnée dans les années 1990, est controversée.

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nc/ofu

L'institut de la médecine sociale et préventive de l'Université de Berne va lancer une étude en 2015 afin de sevrer les toxicomanes accros à l'héroïne ou aux médicaments sous narcose complète en respectant des critères scientifiques. Après plusieurs essais non concluants, qui ont parfois provoqué la mort de certains patients, la méthode, dite «Accelerated Neuroregulation» (ANR), avait été abandonné dans les années 1990.

En 2012, l'Hôpital d'Interlaken (BE) a en effet décidé de relancer cette pratique. Depuis, 39 personnes y ont été traitées. Le taux de réussite est de 70%. «Après 39 patients, les résultats ne sont pas fiables scientifiquement. Seuls des patients hautement motivés et capables de payer les frais de plus de 10'000 francs ont été traités pour l'instant», a néanmoins expliqué à la «NZZ am Sonntag» le directeur de l'étude et de l'institut de médecine sociale et préventive de l'Uni de Berne, Peter Juni. C'est pour cette raison qu'un groupe de médecins va réaliser cette méthode à partir de l'année prochaine avec des patients de l'hôpital d'Interlaken ainsi qu'avec un groupe témoin, issu d'autres instituions en Suisse. Un anesthésiste de l'hôpital de l'Ile à Berne servira comme expert pour les questions liées à l'anesthésie. Une partie de l'étude, à laquelle participeront 150 personnes, devrait être financée par le Fonds national suisse à hauteur de 300'000 francs. Une demande a été d'ores et déjà été déposée auprès de l'institution.

Prise de médicament pendant plusieurs mois

Le sevrage sous narcose totale - au cours duquel les récepteurs opioïdes sont régulés dans le cerveau - représente uniquement une étape du traitement. Dans un premier temps, les réservoirs d'opiacés - présents dans la graisse et les os - sont noyés en acidifiant le métabolisme. S'ensuit une anesthésie complète de plusieurs heures durant laquelle les récepteurs opioïdes sont bloqués à l'aide de médicaments. L'anesthésie permet au patient d'éviter le choc du traitement par la substance Naltrexon, qui neutralise les effets de l'héroïne. Finalement, le toxicomane devra prendre ce médicament pendant plusieurs mois.

Dans une prise de position du Conseil fédéral, datant du 7 mai 1997, les sept Sages avaient précisé que cette méthode avait été appliquée en Suisse sur plus de 50 patients, principalement dans des cliniques universitaires et dans certains hôpitaux. De l'avis des experts de l'époque, il était important de suivre son application, car elle pouvait constituer un complément pertinent au sevrage traditionnel pour un certain groupe de toxicomanes. Cependant, les rapports sur les expériences faites dans ce domaine montraient clairement que le sevrage éclair n'était approprié que pour un groupe très restreint de toxicomanes, à savoir ceux qui sont bien intégrés socialement et ne présentent pas de dépendance à l'égard d'autres substances que les opiacés. Le Conseil fédéral avait également rappelé que le sevrage sous narcose constitue uniquement en une désintoxication physique.

Désintoxication ultra-rapide

La méthode ANR a été «inventée» par le docteur militaire israëlien André Waismann. Il essaie depuis plusieurs années d'établir son traitement dans d'autres pays. André Waismann, qui affirme avoir soigné plus de 18'000 patients dans son pays, est vivement critiqué par ses compères qui lui reprochent notamment que sa méthode va trop vite et qu'il faut des années de suivi psychologique pour vaincre la dépendance à la drogue. Il était venu présenter sa méthode en 2012 à l'hôpital de l'Ile. Contacté à l'époque par nos collègues alémaniques de «20 Minuten», l'Office fédéral de la santé publique s'était contenté de dire qu'une addiction était bien plus qu'un simple problème médical.

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