Actualisé 17.03.2016 à 22:01

Crise migratoireTractations compliquées entre l'UE et la Turquie

Les dirigeants de l'UE s'attendaient à des négociations difficiles, jeudi soir à Bruxelles, pour stopper l'afflux de migrants. Un possible «compromis» est cependant esquissé par des Chypriotes jusqu'alors très réticents.

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12.08 La «Jungle» de Calais, où affluent régulièrement des migrants espérant passer en Angleterre, accueille aujourd'hui plus de 9000 personnes, soit 2000 de plus qu'en juillet.

12.08 La «Jungle» de Calais, où affluent régulièrement des migrants espérant passer en Angleterre, accueille aujourd'hui plus de 9000 personnes, soit 2000 de plus qu'en juillet.

AFP/Philippe Huguen
Parmi ces 9106 personnes recensées dans les différentes zones du bidonville par les associations l'Auberge des Migrants et Help Refugees, on compte 865 mineurs, dont 676 non accompagnés, ont précisé vendredi deux ONG actives dans le bidonville.

Parmi ces 9106 personnes recensées dans les différentes zones du bidonville par les associations l'Auberge des Migrants et Help Refugees, on compte 865 mineurs, dont 676 non accompagnés, ont précisé vendredi deux ONG actives dans le bidonville.

AFP/Philippe Huguen
24.07.2016 L'île grecque de Lesbos se trouve vidée de ses touristes alors que plus de 800'000 réfugiés sont passés par là en 2015.

24.07.2016 L'île grecque de Lesbos se trouve vidée de ses touristes alors que plus de 800'000 réfugiés sont passés par là en 2015.

AFP/Louisa Gouliamaki

Plusieurs Etats membres craignent une illégalité de la mesure phare du plan en négociation, qui prévoit un renvoi de tous les nouveaux migrants arrivant en Grèce depuis la Turquie, y compris les demandeurs d'asile. D'autres redoutent d'aller trop loin dans les contreparties promises à Ankara.

Le sommet réuni à Bruxelles n'a commencé à aborder la brûlante crise migratoire qu'en soirée, lors d'un dîner consacré à la quête d'une position unanime des dirigeants des pays de l'UE.

Ce n'est qu'avec cette position commune que le président du Conseil européen Donald Tusk pourra entamer au nom de l'UE des tractations finales avec le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, attendu à Bruxelles dans la nuit.

«Notre proposition est toujours sur la table», a dit ce dernier à l'aéroport d'Ankara, avant de s'envoler pour Bruxelles. «Mais la Turquie ne deviendra jamais une prison à ciel ouvert pour les migrants», a-t-il insisté.

«Je suis prudemment optimiste, mais pour parler franchement, je suis plus prudent qu'optimiste», a résumé le président du Conseil européen Donald Tusk, chargé par les 28 de négocier avec Ankara, malgré les courts-circuitages de Berlin.

Optimisme prudent

«Il y a encore des négociations compliquées», a aussi reconnu la chancelière allemande Angela Merkel, qui a joué un rôle majeur dans les tractations avec la Turquie. Elle a dit partager «l'optimisme prudent» de M. Tusk, à son arrivée au sommet.

«Ce que je veux, c'est un accord global», a pour sa part souligné le président français François Hollande devant la presse. La Turquie accueille beaucoup de réfugiés» et jouera un rôle «essentiel» pour que le retour sur son territoire des migrants qui ont rejoint illégalement la Grèce ait effectivement lieu, a-t-il fait valoir.

Le sujet a fait l'objet d'une rencontre préalable entre le président français, la chancelière allemande et le Premier ministre grec, Alexis Tsipras. Ce dernier a demandé de l'aide pour son pays et une solution de long terme pour les réfugiés.

Nombreux problèmes

Un accord avec la Turquie permettrait d'arrêter les flux de migrants vers l'UE «en trois, quatre semaines», a lui souligné le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE.

Les Européens ont été surpris de l'ampleur de la nouvelle «proposition turque» présentée lors du précédent sommet du 7 mars. Ankara se dit désormais disposé à reprendre tous les nouveaux migrants gagnant les îles grecques, y compris les demandeurs d'asile.

L'idée a de quoi séduire une Union débordée. Mais le contenu du projet d'accord pose de nombreux problèmes, comme celui de donner à la Turquie la clé de la frontière extérieure de l'Union, selon ses détracteurs.

Droit respecté

La Commission européenne a assuré que tout accord respecterait le droit, promettant que chaque demandeur d'asile se verrait garantir un traitement individuel de sa requête et des moyens de recours contre un renvoi vers la Turquie. Aux termes du pré-accord, les Européens s'engageraient, pour chaque Syrien renvoyé, à «réinstaller» dans l'UE un autre Syrien depuis la Turquie.

En contrepartie, la Turquie obtiendrait une nouvelle aide substantielle de l'UE, doublant la promesse de trois milliards d'euros pour améliorer les conditions de vie sur son sol des 2,7 millions de réfugiés syriens qu'elle accueille.

Ankara arracherait également une accélération du processus de libéralisation des visas pour ses ressortissants, ainsi qu'une relance de ses négociations d'adhésion à l'UE, bloquées par le contentieux historique avec Chypre.

«La Turquie n'est pas mûre pour une adhésion. Et je crois que ce ne sera pas encore le cas dans dix ans», a voulu rassurer le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Jusqu'alors inflexible sur la possibilité de promettre à la Turquie l'ouverture rapide de nouveaux chapitres dans ses négociations d'adhésion, le président chypriote Nicos Anastasiades a entrouvert une porte jeudi, disant espérer «un compromis durant les délibérations qui vont suivre». (nxp/ats)

(NewsXpress)

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