Actualisé 15.06.2010 à 06:25

Procès Kerviel

«Trader criminel» au «pays des bisounours»?

Jérôme Kerviel, traité encore une fois de «criminel» par un de ses anciens supérieurs, a eu du mal lundi à s'expliquer.

Jérôme Kerviel travaillait pour la Société Générale.

Jérôme Kerviel travaillait pour la Société Générale.

Le procès de l'ancien trader de la Société Générale est entré dans sa deuxième semaine. Jérôme Kerviel est jugé pour avoir causé en janvier 2008 une perte de 4,9 milliards d'euros (6,8 milliards de francs). Le tribunal correctionnel de Paris examinait lundi les «opérations fictives» passées par Jérôme Kerviel pour dissimuler ses prises de positions.

«Pourquoi des opérations fictives?», lui a demandé la cour avec insistance, rappelant qu'il avait commencé à user en 2005 de ce procédé, qu'il présente comme courant.

«Pour donner une apparence de chiffres cohérents, de positions &couvertes&», a répondu Jérôme Kerviel, costume sombre et chemise blanche, ajoutant avoir parfois donné des explications «invraisemblables» et s'étonnant qu'elles aient pu satisfaire les services de contrôle.

L'objectif était «d'attendre de pouvoir déboucler (solder) mes opérations sur un gain pour la banque», a affirmé l'ancien trader, qui répète depuis le début de son procès qu'il n'avait pas d'autre but que «de faire gagner de l'argent» à la Société Générale.

«La seule façon de faire de l'argent, c'est de prendre des risques», a-t-il commenté, contrairement à ce que plusieurs responsables et traders de la Société Générale sont venus dire au tribunal.

Fuite en avant

«On n'est pas dans un pays de bisounours!», a-t-il aussi répondu à Me François Martineau, un des avocats de la banque, tout en admettant qu'il était «à l'époque dans une fuite en avant, une spirale, un engrenage».

Plus tard, l'avocat de Jérôme Kerviel ironisera sur l'image projetée lundi encore par les débats : «d'un côté la gentille banque qui ne prend jamais de risques, de l'autre le &bad boy& qui prend tous les risques».

Quand on devient trader, on s'engage à être «loyal, transparent et à respecter les limites», avait auparavant affirmé un ancien supérieur hiérarchique de Jérôme Kerviel, Christophe Mianné, chef de la division actions et dérivés de la Société Générale.

M. Mianné a dit avoir proposé sa démission après l'éclatement de l'affaire. Elle a été refusée mais, a-t-il souligné alors qu'un avocat l'interrogeait sur ses bonus et revenus autrefois notoirement très élevés, il a été rétrogradé.

Comportement criminel

Le prévenu, a-t-il estimé, a été tout le contraire de «loyal et honnête». Il a même eu comportement «criminel», a-t-il ajouté, en se disant «extrêmement choqué d'entendre M. Kerviel dire qu'on l'a laissé faire».

Ce qu'a d'ailleurs réaffirmé lundi Jérôme Kerviel, en tous cas à propos de ses supérieurs directs qui, dit-il, savaient ce qu'il faisait.

Argument à double tranchant repris par la partie civile : si ses supérieurs savaient, pourquoi s'est-il senti obligé de cacher ses opérations et de mentir aux services de contrôle quand ils lui demandaient des explications?

L'audience avait commencé avec le témoignage de Valérie Rolland, «déontologue» à la Société Générale, qui était une amie de Jérôme Kerviel. Il était «tout à fait normal, pas flambeur», a-t-elle déclaré, se disant incapable d'imaginer comment il avait pu jouer ainsi avec les milliards.

Les «signaux» et «alertes», qui auraient dû stopper la prise de risque du trader mais n'ont pas été pris en compte avant début 2008, seront abordés à l'audience de mardi, qui reprend à 07H30 GMT.

Plusieurs anciens collègues traders sont attendus comme témoins, ainsi qu'un courtier avec lequel Jérôme Kerviel était en contact étroit. Mais viendront-ils?

(ats/afp)

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