Actualisé 21.07.2015 à 12:14

SidaTraitement préventif trop peu prescrit

La prévention médicamenteuse contre le virus du sida pour les personnes non infectées, mais potentiellement à risque, n'est pas assez prescrite, ont estimé des scientifiques réunis à Vancouver.

La pratique de la prévention médicamenteuse, souvent appelée prophylaxie pré-exposition (PrEP), consiste pour une personne saine qui entretient une relation avec un partenaire sexuel infecté par le VIH, à prendre régulièrement des antirétroviraux afin d'éviter de contracter le virus. Pour les scientifiques, réunis à Vancouver jusqu'à mercredi pour une conférence sur le sida, cette pratique préventive est efficace avec des effets secondaires mineurs.

«La prophylaxie pré-exposition change la donne», a estimé lundi le chercheur américain Chris Beyrer, coprésident de la 8e conférence sur la pathogenèse du VIH. «Les données sont implacables, et cela fonctionne quand (le traitement) est pris», a-t-il ajouté.

Les scientifiques ont présenté les résultats sur la PrEP à partir de plusieurs petites études. Elles ont été menées auprès de personnes avec une forte probabilité d'être infectées par le VIH, principalement en raison de leurs pratiques sexuelles, au Brésil, aux Etats-Unis et au Botswana.

Décision personnelle

Si cette recherche a montré qu'un traitement antirétroviral pris correctement réduisait nettement le risque d'infection par le VIH et était assez bien toléré, des scientifiques ont regretté que la PrEP ne soit pas une pratique courante. Elle reste une décision personnelle des personnes à haut risque.

Il est vrai que cette thérapie est assez récente. C'est en 2012 que l'Agence américaine des médicaments (FDA) a donné son feu vert au truvada, un mélange d'antirétroviraux dont le tenofovir, pour les adultes à haut risque en parallèle avec des relations sexuelles protégées.

Traitement bien toléré

Une étude menée sur 557 hommes homosexuels ou transgenres a montré que la quasi totalité a suivi le traitement préventif. Chez deux participants qui avaient finalement contracté le virus du sida, les traces des médicaments dans le corps étaient minimes, a souligné Albert Liu de l'administration de la santé de San Francisco.

«Nos résultats plaident fortement pour l'intensification de la PrEP, et les médicaments semblent être bien tolérés», a-t-il indiqué en conférence de presse. Côté brésilien, l'étude auprès de 509 hommes au cours des deux dernières années montre que la PrEP est bien acceptée par les participants, selon Beatriz Grinsztejn de l'Instituto Pesquisa Clinica Evandro Chagas de Rio de Janeiro.

Mode de vie risqué

Ces résultats, qui doivent encore être finalisés avant leur publication, aideront le gouvernement brésilien à décider d'inscrire ou non le traitement préventif par antirétroviraux comme norme de santé publique.

Des effets secondaires comme des nausées, des migraines et une perte de poids sont pointés par une étude auprès de 200 jeunes hommes dans 12 villes américaines, a relevé Sybil Hosek du Stroger Hospital du comté de Cook (Illinois, centre-nord). Elle a noté que les plus volontaires pour suivre une PrEP étaient ceux ayant un mode de vie hautement risqué.

Aucune transmission du VIH n'a été relevée pour les 229 personnes hétérosexuelles suivies dans le cadre de l'étude au Botswana. Elles ont des risques élevés dans leurs pratiques sexuelles ou avec des utilisateurs de matériels d'injection de drogue peu sûrs, selon Faith Henderson des centres américains de prévention et de contrôle des maladies.

Le prix est un obstacle

La prévention médicamenteuse se heurte toutefois à deux obstacles, les coûts et le sérieux dans le suivi du traitement. Le prix des médicaments est un obstacle majeur dans des pays où la protection sociale est pratiquement inexistante, selon les experts à la conférence de Vancouver. Par ailleurs, il faut s'assurer que les personnes à risques prennent leurs médicaments sur une base régulière et constante.

«La PrEP n'est pas juste un gain individuel, mais doit être appréhendée en termes de santé publique, a estimé le scientifique péruvien Carlos Caceres. «Notre réponse mondiale au VIH ne sera pas durable si le nombre d'infections n'est pas réduit significativement», a-t-il conclu. (ats)

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