25.03.2020 à 20:54

Recherche européenneTraitements prometteurs contre le coronavirus

La recherche d'un vaccin et de traitements contre le coronavirus n'a pas encore donné de résultats probants. Cependant, de nombreuses équipes à travers le monde expérimentent des voies nouvelles pour contrer la pandémie.

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cga/afp

Comme il n'existe pas de médicament spécifique contre le nouveau coronavirus, les médecins sont en première ligne mais souvent démunis. Ils ne peuvent que soulager les symptômes et «soutenir le patient dans son processus d'autoguérison avec des médicaments ou des machines», comme l'explique Peter Steiger, directeur adjoint de l'Institut de médecine des soins intensifs de l'Hôpital universitaire de Zurich. Un constat qui s'applique aussi bien aux patients hospitalisés dans les unités de soins normaux qu'à ceux aux soins intensifs.

La quasi-totalité des patients touchés par le Covid-19 souffrent de difficultés respiratoires. «Beaucoup peuvent être traités grâce à l'oxygène, mais d'autres doivent être transférés aux soins intensifs pour être placés sous respiration artificielle. Ils reçoivent alors des somnifères et des analgésiques», explique le Dr Steiger.

Comme d'autres grands centres médicaux européens (voir encadré), l'Hôpital universitaire de Zurich utilise non seulement des médicaments dont les effets sont prouvés pour combattre les symptômes du nouveau coronavirus, mais des thérapies dites expérimentales sont également mises en place, précise le Dr Steiger. Il s'agit notamment de traitements développés et approuvés pour des maladies complètement différentes.

Les candidats porteurs d'espoir

- Le remdesivir:

C'est un antiviral conçu initialement pour le virus Ebola mais «qui a un spectre d'action plus large», car il «interagit avec d'autres virus, et il est notamment capable de bloquer la réplication de ce nouveau coronavirus», détaille Bruno Lina, professeur de virologie au CHU de Lyon. «On espère beaucoup dans cette molécule» car «les premiers résultats in vitro ont été très bons», commente le virologue. À Zurich, un test s'est également révélé positif avec ce médicament. «Jusqu'à présent, nous ne l'avons donné qu'à une patiente dont nous pensions réellement que les chances de survie étaient minces et dont la situation s'est finalement améliorée», relève le Dr Steiger. Elle a depuis quitté les soins intensifs. Il nuance cependant en précisant qu'il est «extrêmement difficile de dire si cette amélioration de l'état du patient est dû au remdesivir».

Le coronavirus vs les autres épidémies

Le coronavirus Vs. les autres épidémies

Une infographie montrant la progression de l'épidémie de coronavirus en comparaison avec les autres épidémies majeures: Ebola, la grippe aviaire et le SRAS.

- Le lopinavir en combinaison avec le ritonavir:

Il s'agit du «recyclage» d'un médicament contre le VIH, qui «consiste à bloquer la réplication du virus», selon le virologue français Bruno Lina: «On s'est rendu compte que ça marche dans le tube à essai.» Cette combinaison a déjà été testée en Chine, mais avec des résultats mitigés, notamment parce que beaucoup de malades «ont été inclus très tardivement, parfois au-delà du 10e jour de la maladie», souligne le Pr Lina. L'essai Discovery (voir encadré), lancé beaucoup plus tôt dans l'évolution du Covid-19, sera donc «complémentaire» de l'essai chinois.

- La même combinaison lopinavir/ritonavir, associée à l'interféron bêta:

Cette association est jugée intéressante étant donné que la maladie Covid-19 comprend deux phases: une phase virologique, «pour laquelle on pense que les antiviraux peuvent avoir un effet important», et une phase avec «un syndrome inflammatoire pouvant entraîner des dégradations au niveau pulmonaire, et on espère que l'interféron pourra bloquer ce processus inflammatoire», explique le virologue.

- L'hydroxychloroquine:

Ce quatrième traitement, cousin de la chloroquinechloroquine, un antipaludéen qui suscite bien des débats, n'était pas prévu au départ. Il a été rajouté à la demande de l'OMS et de l'Etat français. «Il nous a paru logique» de l'ajouter, car «des données récentes nous ont été fournies, notamment un papier chinois paru le 9 mars dans le plus gros journal d'infectiologie américain, qui a apporté un certain nombre d'arguments intéressants», souligne le Pr Florence Ader, infectiologue à l'Hôpital de la Croix-Rousse au CHU de Lyon, qui pilote le projet. Pourquoi l'hydroxychloroquine plutôt que la chloroquine? Les deux molécules agissent de la même manière, mais l'hydroxychloroquine présente moins de risque de toxicité.

SOS de médecins en détresse

SOS de médecins en détresse sur Instagram

De jeunes toubibs ont créé le compte «Parolesdedoc» pour sensibiliser le public à l'urgence de la situation contre le coronavirus. Parmi eux, Laetitia Guarino, chirurgienne et ancienne Miss Suisse. (vidéos: Instagram/@Parolesdedoc)

Les délais

La première évaluation clinique se passera au 15e jour du traitement, «donc dans les semaines qui viennent, on commencera à avoir de premiers résultats», prédit le Pr Ader.

En cas de succès

Dès qu'un essai «aura montré la supériorité d'un des quatre schémas thérapeutiques, on pourra proposer aux régulateurs, en France et dans le monde, de l'utiliser», disent les experts. Le traitement pourra alors être libéré «très rapidement», étant donné que «nous sommes dans une situation de carence thérapeutique», soulignent-ils, appelant toutefois à la «prudence» car «on ne connaît pas encore leurs effets».

Méthodologie de l'essai européen

Un important essai clinique vient d'être lancé pour quatre traitements expérimentaux contre le coronavirus dans plusieurs pays européens. Avec quel espoir? L'essai Discovery, lancé dimanche, doit inclure 3200 patients européens. Chaque patient inclus se voit allouer un des quatre traitements thérapeutiques testés de manière aléatoire, après une randomisation informatique - ce n'est pas le médecin qui choisit. «Cela permet d'échantillonner l'essai», a expliqué lors d'un point presse le Pr Florence Ader, qui pilote le projet.

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