Conflit gazier: Transit vers l'UE menacé
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Conflit gazierTransit vers l'UE menacé

L'Ukraine a averti samedi que le conflit du gaz qui l'oppose à la Russie menaçait le transit du gaz russe vers l'Europe.

Le géant gazier russe Gazprom a de son côté annoncé qu'il allait déposer plainte pour forcer la compagnie ukrainienne Naftogaz à assurer ce transit.

«Si le gazoduc ukrainien ne reçoit pas les volumes de gaz (...) la pression dans les tuyaux va baisser. Par conséquent, automatiquement, indépendamment du personnel, il y aura des interruptions. Le système sera obligé de s'arrêter pour faire revenir la pression», a expliqué le représentant de la présidence ukrainienne pour la sécurité énergétique, Bogdan Sokolovski.

Selon Kiev, la coupure du gaz destiné à la consommation ukrainienne est à l'origine de cette baisse de pression. «Si la partie russe ne livre pas plus de gaz qu'actuellement, dans environ dix jours il peut y avoir des problèmes technologiques très graves» concernant le transit du gaz russe vers l'Europe, a-t-il ajouté.

Accusations

Le vice-président du géant gazier russe Gazprom Alexandre Medvedev a accusé samedi à Prague l'Ukraine de voler plus de 35 millions de mètres cube de gaz par jour en lui demandant de les payer, en plus de ses actuels arriérés.

«Tout le gaz qui a été pris illégalement devra être payé», en surplus de ce que doivent déjà régler les Ukrainiens, soit «600 millions de dollars», a-t-il ajouté, alors que sa compagnie a cessé depuis le 1er janvier ses livraisons à l'Ukraine, par laquelle transite le gaz destiné à l'Europe.

Plainte annoncée

Gazprom a annoncé samedi qu'il allait déposer plainte auprès du tribunal international d'arbitrage de Stockholm pour «obliger Naftogaz à assurer un transit sans entrave du gaz russe vers l'Europe à travers le territoire de l'Ukraine».

Plus tard dans la journée, Alexandre Medvedev a exhorté à Berlin les Etat européens d'agir en justice contre l'Ukraine, l'accusant de violer un traité européen sur le transit des produits énergétiques. Kiev accuse pour sa part la compagnie russe de ne pas livrer les volumes prévus à destination de l'UE.

Naftogaz a par la suite indiqué qu'elle déposerait elle aussi une plainte auprès du tribunal de Stockholm si Gazprom la poursuit en justice, a rapporté samedi l'agence Interfax-Ukraine. «Naftogaz voit d'une manière positive les intentions de Gazprom de résoudre les questions litigieuses sur la base des principes de la pratique internationale», a-t-elle indiqué dans un communiqué.

Le premier ministre tchèque Mirek Topolanek, qui exerce la présidence tournante de l'UE, a rencontré vendredi une délégation ukrainienne venue exposer son point de vue sur le différend. Les émissaires ukrainiens sont ensuite partis pour Bratislava puis pour Berlin.

Baisses des livraisons

Les tournées russe et ukrainienne interviennent alors que Varsovie, Bucarest et Sofia ont signalé des baisses des livraisons de gaz russe.

La Pologne a constaté vendredi une baisse de 11 % des livraisons par rapport aux volumes contractuels, un recul toutefois compensé par des livraisons via le Bélarus, selon l'opérateur des gazoducs polonais Gaz-Systema. La Roumanie a vu ses livraisons baisser de 30 % dès vendredi soir et la Bulgarie de 10 à 15% samedi.

La Russie a coupé jeudi l'approvisionnement en gaz de l'Ukraine faute d'un accord sur le prix des livraisons pour 2009 et sur des arriérés de paiement, faisant craindre une répétition du scénario de 2006. Un différend russo-ukrainien avait à l'époque perturbé l'approvisionnement de plusieurs pays de l'UE et Moscou.

Gazprom a indiqué rechercher d'autres voies de transit pour ne plus dépendre de l'Ukraine.

Moscou a demandé le paiement de plus de deux milliards de dollars de dettes ukrainiennes alors que Naftogaz n'a remboursé qu'environ 1,5 milliard de dollars. (ats)

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