Actualisé 26.06.2008 à 08:58

Transplantation: les Suisses frileux

Une année après l'entrée en vigueur de la loi sur la transplantation, le bilan est mitigé. Point positif, le patient est désormais au coeur du système de répartition des organes.

Par contre, une fois de plus, les chiffres suisses sont parmi les pires d'Europe.

Avec 10,8 donneurs par million d'habitants en 2007 (2006: 10,7), la Suisse reste à la traîne en terme de prélèvement d'organe sur des personnes décédées, loin derrière l'Espagne (33,8) ou la France (23,2). Conséquence, la liste d'attente ne désemplit pas. Fin 2007, elle contenait 870 noms (2006: 874), indique Swisstransplant, la fondation en charge de l'attribution des organes.

Autre sujet de préoccupation: 50 patients en attente de greffe sont morts l'an passé dans notre pays (2006: 38), malgré l'entrée en force du système centralisé d'allocation des organes le 1er juillet 2007, simultanément à la loi.

«Pour la première fois de ma vie professionnelle, je porte la lanterne rouge», résume le directeur de Swisstransplant. Entré en fonction en mai 2008, Franz Immer ne voit cependant aucune fatalité à ces chiffres peu reluisants.

«Nous espérons qu'à terme, le changement fasse diminuer la mortalité des personnes sur la liste d'attente», poursuit-il. «Pour cela, il faut absolument que nos collègues aux soins intensifs pensent au don d'organe».

Faire pression

Or un prélèvement est très coûteux, explique M. Immer: «Ca prend du temps, ça bloque une salle et une équipe. A l'heure où les hôpitaux sont sous pression, ça n'est pas évident». Certains pays en tête du classement européen s'en sont rendus compte depuis longtemps: ils fixent des objectifs chiffrés aux centres de transplantation et les pénalisent si la cible n'est pas atteinte.

L'Italie a ainsi réussi en quelques années à tripler le nombre de dons d'organe par million d'habitants, passant de 8 à 23. «J'espère vraiment que tout le monde tire à la même corde, mais je crains qu'en fin de compte il ne faille en arriver là», indique le directeur de Swisstransplant.

Campagne prometteuse

Un an après l'entrée en vigueur de la loi, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) se veut pourtant positif: la campagne d'information lancée l'été dernier porte ses fruits. Selon Karine Waefler, une des responsables du dossier, «de plus en plus de personnes parlent de la transplantation avec leurs proches».

Et la nouvelle carte de donneur rencontre un certain succès. «Nous n'avons pas encore de chiffres précis, mais un premier sondage nous montre que les Suisses sont toujours plus nombreux à la porter sur eux», indique Mme Waefler. En 2007, l'office estimait à 15% seulement la part de la population en possession d'une telle carte.

Le logiciel décide

Principale nouveauté introduite par la loi, le système centralisé de répartition des organes donne globalement satisfaction. Les critères sont désormais rigoureusement les mêmes pour tous et c'est un logiciel qui attribue les organes en tenant compte de l'état du patient et du temps passé sur la liste d'attente.

«C'est plus transparent, mais le côté mécanique du système ne laisse plus de place à l'évaluation des cas par les praticiens», nuance Marie-Claude Kempf, coordinatrice de transplantation aux Hôpitaux universitaires de Genève. Certains patients dans un état grave mais stable ont par exemple peu de chances d'obtenir un organe parce que leur vie n'est pas en danger immédiat.

«Il faut parfois attendre que leur cas devienne désespéré pour que le logiciel les place en tête de liste. C'est dommage car leurs chances de survie après la greffe sont alors très faibles», précise Mme Kempf.

Du côté de Swisstransplant, on comprend la critique. «Nous aimerions tous pouvoir décider nous-mêmes quel patient correspond le mieux à tel organe», indique Franz Immer, lui même ancien praticien. «Mais c'est aussi la porte ouverte à une certaine discrimination, que la nouvelle loi a permis de gommer».

La nouvelle carte, le meilleur moyen d'exprimer sa volonté

Disponible depuis l'entrée en vigueur de la loi il y a une année, la nouvelle carte de donneur reste le meilleur moyen d'exprimer clairement sa volonté. Elle permet au défunt de donner son accord à tout prélèvement ou de lister les organes qu'il souhaite mettre à disposition.

Elle est même utile pour ceux qui ne veulent pas qu'on prélève d'organe sur leur corps: ils peuvent l'interdire en cochant la case correspondante. Rappelons qu'en l'absence d'élément probant sur la volonté de la personne décédée, la décision reviendra à la famille.

D'un format carte de crédit, le nouveau document peut être commandé par téléphone au 0800 570 234. La carte de donneur peut aussi être directement imprimée depuis le site internet www.swisstransplant.org

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!