Actualisé 21.12.2018 à 14:56

Pologne

Transports en commun sacrifiés pour la voiture

La Pologne aura importé en 2018 un million de voitures d'occasion. Mais les Polonais qui n'en ont pas se plaignent amèrement de la faiblesse des transports publics.

La Pologne aura importé en 2018 un million de voitures d'occasion, soit le double de sa production de voitures neuve.

La Pologne aura importé en 2018 un million de voitures d'occasion, soit le double de sa production de voitures neuve.

AFP

Près de 40% de plus de 38 millions de Polonais habitent dans les communes rurales. Et, selon l'estimation d'un expert de l'Ecole Polytechnique de Poznan, Marcin Kicinski, entre 12 et 14 millions de personnes vivent dans de petites villes ou des communes qui n'offrent pas d'accès au transport public. D'après la société de conseil Multiconsult Polska, qui cite un chiffre plus précis - 13,8 millions de personnes - cette carence est due au fait que 60% des communes polonaises n'organisent pas de transports en commun ou n'y consacrent pas un sou.

Certes, les Polonais ont de plus en plus de voitures: 571 véhicules pour 1000 habitants, plus qu'en France (479) ou en Allemagne (555). Mais la faiblesse des transports en commun à la campagne, due également à la suppression de plusieurs lignes locales de chemin de fer, a été dénoncée comme une forme d'exclusion frappant d'abord les jeunes et les personnes âgées et handicapées, lors d'un important congrès des droits civiques, organisé en décembre à Varsovie par le défenseur des droits, le juriste Adam Bodnar.

«Rien samedi et dimanche»

«Dans notre hameau de Pogorzelce (dans la célèbre forêt de Bialowieza, dans le nord-est, l'une des dernières forêts primaires d'Europe), et dans deux villages voisins, nous n'avons que deux passages de car par jour, et encore seulement en semaine; rien samedi et dimanche», a expliqué le maire Aleksander Dackiewicz. Dans ce village frappé par l'exode rural, qui affiche une moyenne d'âge de 70 ans, cette absence de mobilité pénalise en particulier les personnes âgées sans permis qui veulent faire leurs courses, se rendre chez le médecin ou à la messe.

«Si leur visite à la ville ne prend qu'une heure, elles doivent attendre le car de retour pendant cinq ou six heures. En été, c'est faisable, en hiver, avec 30 centimètres de neige comme aujourd'hui, c'est moins facile», dit Dackiewicz. Et la situation ne va pas s'améliorer: le transporteur, la société Arriva, qui appartient au groupe allemand Deutsche Bahn, a annoncé la suppression de sa desserte dans la région l'été prochain - y compris ce trajet -, la jugeant insuffisamment rentable.

«Selon la logique économique, c'est compréhensible, dit le maire: ils ont cinq ou six passagers à chaque voyage. Tandis que la subvention qu'ils reçoivent pour faire ce crochet dans la forêt s'élève à moins de 1500 euros par an». Les participants au congrès sur les droits civiques ont souligné que le problème est général à travers le pays. «Les jeunes ne peuvent plus choisir leur école secondaire, mais doivent accepter celle qu'ils peuvent rejoindre facilement; les personnes âgées et les handicapés voient leur vie culturelle et sociale, comme leur accès aux soins médicaux, fortement limités», a relevé Barbara Imielczyk, directrice du Centre de projets sociaux dans l'appareil défenseur des droits.

«Comme un poisson rouge»

Pour autant, contrairement aux Français, les Polonais ne s'en plaignent pas ouvertement. «Nous sommes comme un poisson rouge qui vit dans un aquarium, mais ne le sait pas», a expliqué Marcin Skonieczka, maire de Pluznica, une commune rurale de 5000 habitants dans le centre-nord de la Pologne. Ainsi, sur les quelque 1600 réclamations que l'édile reçoit chaque année de ses administrés, seule «une dizaine» concernent les transports. Les participants au congrès ont proposé plusieurs remèdes: offrir le monopole des transports à une entreprise et l'aider financièrement en contrepartie d'un service satisfaisant ou, à l'inverse, créer une société nationale de transport public, comme à l'époque communiste quand la voiture individuelle était réservée aux happy few proches du pouvoir. Mais cette dernière idée, avancée 37 ans après la chute du régime totalitaire, a suscité une vague de critiques acerbes. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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