Actualisé 02.10.2011 à 08:59

Crise de la dette

Trichet quitte la BCE en pleine tempête

Jean-Claude Trichet quitte la présidence de la Banque centrale européenne (BCE) fin octobre à l'issue de son mandat de huit ans alors que la tempête fait rage sur la zone euro.

«Il part en pleine crise (de la zone euro). Pour lui personnellement cela ne doit pas être satisfaisant», juge Marie Diron du cabinet Ernst&Young, à quelques jours de la dernière conférence de presse de M. Trichet sur les taux directeurs.

«Ce sera certainement un crève-coeur de partir alors que la machine est grippée», renchérit Gilles Moëc, économiste chez Deutsche Bank, qui l'a côtoyé dans ses précédentes fonctions à la Banque de France (BDF).

Pourtant l'ancien directeur du Trésor (français) et président de la BDF, qui aura 69 ans en décembre, n'a épargné ni sa peine ni sa réputation pour tenter de sortir l'Union monétaire de l'ornière.

Active dès les premiers signes

Sous son impulsion, l'institution de Francfort (ouest), encore en chantier à son arrivée en 2003, a pris dès les prémices de la crise financière mondiale en 2007 une série de mesures pour éviter une panne de liquidités des banques de la région.

C'est aussi sous sa houlette que la décision inimaginable jusque-là de racheter sur le marché secondaire des obligations souveraines de la zone euro a été entérinée au printemps 2010, pour tenter d'enrayer la crise de la dette grecque. Une démarche qui lui vaut la rancoeur tenace des Allemands, qui l'accusent d'avoir dévié de sa mission première, le combat contre l'inflation, et de son indépendance.

Pour nombre d'économistes, le Français a au contraire fait preuve d'un grand pragmatisme face à une situation critique.

Sans ces rachats, «il y avait risque d'éclatement de la zone euro», estime Christian Schulz, économiste de la banque Berenberg.

Orthodoxe mais efficace

«Trichet, c'est quelqu'un d'orthodoxe dans sa philosophie monétaire mais qui sait hiérarchiser les problèmes», juge Bruno Cavalier, économiste du courtier Oddo Securities. «Il y a un moment où on ne peut simplement pas s'en tenir à quelques règles conçues pour un temps normal alors qu'on est en pleine tempête».

Christian Schulz salue aussi sa capacité à créer le consensus au sein du conseil des 23 gouverneurs de la BCE. «Face aux grands problèmes, M. Trichet a pu agir et convaincre la majorité de ses collègues», les cinq autres membres du directoire et 17 chefs de banques centrales de la zone.

Pour Jean Pisani-Ferry, «cela renvoie à l'autorité personnelle» de celui qui fut l'un des pères fondateurs de l'euro.

Comme un gardien

«Il a vécu l'aventure de l'euro depuis le début et a en tête l'intérêt général de la zone face à des dirigeants européens enclins à considérer leur intérêt national», dit-il. C'est «ce qui a pu l'amener à sortir de son rôle étroit pour se comporter comme un gardien du projet face à ces dirigeants», ne se privant pas de rappeler ceux-ci à leurs devoirs.

«Il croit à l'Europe comme peu d'autres (...). Il est l'un des derniers de son espèce», écrivait le 1er juin le quotidien conservateur allemand Die Welt, pourtant peu tendre à son égard.

Le lendemain, l'énarque amateur de poésie évoquait la nécessité de créer un ministère des Finances européen afin de poursuivre un processus d'intégration économique resté inachevé. Une proposition tombée à plat.

Lisse, mais pas toujours

L'homme au discours policé, souvent ennuyeux, est aussi capable de sortir de ses gonds. Face aux critiques allemandes, il a récemment vu rouge et réclamé des compliments pour son bilan «impeccable» sur l'inflation, maintenue sous son mandat à 2,02%.

«Reste à savoir s'il restera (aussi) comme l'homme qui a sauvé l'euro», s'interroge Guntram Wolff, directeur adjoint de l'institut Bruegel, pour qui cela «dépendra beaucoup de la manière dont son successeur Mario Draghi et les autres preneurs de décision agiront face aux défis qui demeurent».

Pour Sylvain Broyer, «il n'y aura pas révolution» avec l'arrivée du gouverneur de la Banque centrale d'Italie, «mais continuité», sur l'inflation comme sur l'exigence d'une meilleure gouvernance.

Mais «la transition intervient à un moment extrêmement délicat de l'histoire de l'euro», notent Julian Callow et Frank Engels de Barclays Capital. (afp)

La BCE sous pression pour abaisser son taux directeur

La Banque centrale européenne (BCE), qui a relevé son taux directeur deux fois cette année, devrait annoncer une baisse jeudi lors de sa dernière réunion ad hoc sous la présidence de Jean-Claude Trichet, en pleine crise de la zone euro.

«Nous voyons une baisse de 25 points de base de son taux directeur par la BCE lors de la réunion du 6 octobre» à Berlin, pronostiquent Julian Callow et Frank Engels, de Barclays Capital. Ce qui porterait le baromètre du coût du crédit en zone euro à 1,25%.

Les économistes de RBS estiment même que la BCE, de retour en mode crise, ramènera ce taux à 1%, son plus bas historique. Cela signifierait un effacement complet des tours de vis opérés cette année par l'institution monétaire de Francfort, qui avait invoqué des risques de surchauffe inflationniste.

«Cette décision ne fera certainement pas l'unanimité» au conseil des gouverneurs, ajoutent-ils, «mais, étant donné la rapidité de la détérioration sur les marchés financiers, nous pensons qu'une majorité va soutenir une baisse importante».

Craintes de récession

De mauvais indicateurs économiques laissant craindre un retour de la récession dans les pays riches vont dans le sens de cette analyse comme l'incapacité pour l'instant des dirigeants européens à résoudre la crise de la dette. Début septembre, la BCE avait revu à la baisse ses prévisions de croissance pour la zone euro.

Autre mauvais signe: les dépôts au jour le jour des banques auprès de la BCE connaissent depuis fin août des pics importants, signe que les banques en excès de liquidités préfèrent les conserver auprès d'elle que de les prêter à d'autres établissements qui en auraient besoin.

Les analystes ont été confortés par les propos récents du président de la Banque centrale autrichienne, Ewald Nowotny. «La BCE ne s'engage pas à l'avance et des baisses de taux ne peuvent pas être exclues», a-t-il déclaré.

Prochaine transition

La transition prochaine à la tête de la BCE pourrait aussi jouer en faveur d'un tel mouvement. Le Français Jean-Claude Trichet, dont le mandat de huit ans s'achève le 31 octobre et qui préside donc sa dernière réunion sur les taux, pourrait vouloir faciliter la tâche à son successeur, l'Italien Mario Draghi.

En relâchant le coût du crédit dès jeudi, il lui éviterait de devoir le faire à peine arrivé et lui épargnerait ainsi «les critiques potentielles des Allemands», dont l'économie peut soutenir le taux actuel et qui n'en voulaient pas au départ, estime Barclays Capital.

Toutefois, la publication vendredi d'une inflation en septembre en zone euro à 3%, soit bien au-delà de l'objectif que suit la BCE de la maintenir sous les 2%, pourrait la faire réfléchir, souligne Howard Archer de IHS Global Insight.

Nouvelles actions en faveur des banques

Les économistes s'attendent par ailleurs à de nouvelles actions de la BCE en faveur des banques de la zone euro, dont certaines sont toujours dépendantes de ses crédits.

Alors qu'elle leur prête déjà à taux fixe et pour des montants illimités sur une semaine, un mois et trois mois, «elle pourrait annoncer une nouvelle opération sur six mois, après celle du mois d'août ou/et offrir sa première opération sur un an depuis décembre 2009», écrit Jennifer McKeown, de Capital Economics.

Certains s'attendent aussi à ce qu'elle relance son programme de rachat d'obligations sécurisées, destiné aussi à les aider à se refinancer.

Enfin, M. Trichet sera une nouvelle fois interrogé sur son programme de rachat d'obligations publiques sur le marché secondaire, lors de la conférence de presse qui suit la décision sur les taux.

Cette action, consentie à contrecoeur pour tenter de faire chuter les taux d'emprunt des pays en difficulté, reste très controversée en son sein et lui a déjà valu la défection de l'ancien président de la Bundesbank Axel Weber en février et de son chef économiste Jürgen Stark début septembre, qui ont estimé que la BCE outrepassait son rôle de régulateur monétaire.

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