Actualisé 11.10.2009 à 20:35

Elections genevoises

Triomphe du Mouvement citoyens genevois

Le Mouvement citoyens genevois (MCG) a triomphé dimanche à l'élection du Grand Conseil genevois.

Le parti aux accents populistes a presque doublé sa députation, passant de 9 à 17 sièges et se trouve propulsé deuxième force politique du canton. Les partis traditionnels, hormis les Verts, perdent du terrain.

La victoire du MCG est aussi celle d'Eric Stauffer, le fondateur et inspirateur du mouvement. Le remuant député, considéré par beaucoup comme un agitateur professionnel, sort considérablement renforcé de cette élection. Il est désormais à la tête d'une importante députation, et dispose d'un bras droit de choix en la personne de l'avocat pourfendeur des assureurs maladie Mauro Poggia.

Sur fond de crise

Comme il y a quatre ans, le MCG a fait son lit grâce au vote protestataire. Le parti a toujours été le premier à partir en guerre contre l'establishment politique. Il a aussi pris les travailleurs frontaliers comme cible privilégiée, les rendant notamment responsables du taux de chômage élevé à Genève. Le discours a visiblement porté en période de crise.

Pour certains adversaires politiques, la victoire du MCG est à double tranchant. Le président du parti socialiste genevois René Longet a estimé qu'il ne sera plus possible au mouvement de mener une politique d'opposition systématique au Grand Conseil avec une députation aussi nombreuse. Le parti devra maintenant faire ses preuves par les actes, a relevé de son côté la Verte Anne Mahrer.

Eric Stauffer n'a pour sa part pas été étonné du succès de son parti. A ses yeux, la population est exaspérée par les blocages causés par le clivage gauche-droite à Genève. En votant pour le MCG, un parti qui revendique justement n'être «ni de gauche, ni de droite», elle a envoyé «un message clair à la classe politique», et a manifesté son désir de changement.

Un précédent

Le succès du MCG rappelle la flambée du parti Vigilance au milieu des années 80 à Genève. Mouvement d'extrême droite, fédérant le vote protestataire, Vigilance avait réussi en 1985 à placer 19 candidats au Grand Conseil genevois. Il était devenu le deuxième parti du canton après le parti libéral. La formation, confrontée aux réalités du pouvoir, avait pourtant fini par s'essouffler, avant de disparaître.

Alors que le MCG triomphe, les partis traditionnels reculent, à l'exception notable des Verts. Les libéraux sont les grands perdants du scrutin. Ils perdent trois sièges et n'ont plus que 20 élus au Parlement. Le PDC, 12 sièges, et les radicaux, 12 sièges, comptent chacun un député de moins, alors que l'UDC passe de 11 à 9 représentants.

L'UDC ressort très affaiblie de l'élection. Elle se retrouve isolée à droite et a vu s'envoler tout espoir de faire alliance avec l'Entente bourgeoise après ses dérapages lors de la campagne électorale. Le parti s'était notamment attaqué à la racaille d'Annemasse, provocant la colère du maire et des habitants de la ville frontalière française.

Les Verts devant les socialistes

A gauche, les socialistes ne s'en sortent pas mieux. Ils perdent deux sièges et ne seront plus que 15 sur les bancs du Grand Conseil. Pire pour eux, ils se retrouvent dépassés par les Verts, qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu dans cette élection en gagnant un siège et en portant leur députation à 17 élus. Une telle hiérarchie à gauche existe actuellement dans les cantons de Zoug et de Nidwald.

L'extrême gauche, pour sa part, n'a pas appris de ses erreurs. Comme il y a quatre ans, elle est partie en ordre dispersé au combat. Au lieu de trois listes, deux listes se faisaient cette fois concurrence, celle de solidaritéS-Pdt et celle des Aînés, emmenée par l'ex-conseiller d'Etat Christian Grobet. Mais comme en 2005, aucune de ces listes n'est parvenue à obtenir le quorum de 7% synonyme d'accession au Grand Conseil.

La droite majoritaire

Le nouveau Grand Conseil genevois penche fortement à droite. En comptant les élus UDC, les conservateurs s'assurent une majorité confortable de 51 sièges. A gauche, les Verts et les socialistes réunissent ensemble 32 représentants. Le MCG espère jouer un rôle d'arbitre entre les deux blocs. La participation à l'élection s'est élevée à 40,26%, soit un chiffre proche de celui enregistré en 2005.

Les regards des partis sont désormais tournés vers le 15 novembre, date de l'élection du Conseil d'Etat genevois. Sept sièges sont à repourvoir et cinq magistrats se représentent. Le MCG, gonflé à bloc par sa victoire de dimanche, a revu ses ambitions à la hausse. Il briguera deux fauteuils et comptera sur Eric Stauffer et Mauro Poggia pour entrer à l'exécutif.

Le mouvement devra cependant ne compter que sur ses propres forces pour y parvenir. «Nous espérons pouvoir récupérer une partie des 12% de voix qui sont allées à l'extrême gauche», a expliqué Mauro Poggia. L'UDC fera aussi cavalier seul avec le conseiller national Yves Nidegger. Ces candidatures auront cependant du mal à s'imposer face aux alliances bien huilées, tant à gauche qu'à droite. (ats)

Le MCG va arbitrer

Le MCG devrait être le parti qui fera pencher les débats au Grand Conseil. «Le MCG pourrait être l’arbitre absolu entre la gauche et la droite, permettant à Genève de sortir de ses blocages qui durent depuis bien trop longtemps», a indiqué hier son président, Eric Stauffer. A ses yeux, la population a envoyé

un message clair à l’ensemble de la classe politique.

Selon les résultats quasiment définitifs, le MCG arrive dans le peloton de tête en Ville de Genève à l'élection au Grand Conseil dimanche. Il se situe dans les trois premières positions dans tous les arrondissements électoraux, sauf ceux d'Eaux-Vives-Lac et de Saint-Jean.

Du côté des communes genevoises, le MCG arrive en première position dans de nombreux villages frontaliers du bout du canton, comme Dardagny, Chancy, Soral, Satigny, Avully, Avusy, Soral et Bardonnex. Il arrive en tête dans les communes suburbaines de Lancy, Meyrin, Grand-Saconnex et Vernier.

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