Hongrie: Triomphe électoral Viktor Orban

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HongrieTriomphe électoral Viktor Orban

Viktor Orban, reconduit dimanche à la tête de la Hongrie, a dirigé son pays d'une main de fer depuis 2010 et l'a polarisé autour de sa personne.

Ancien dissident libéral sous le communisme, Viktor Orban (photo) s'est rendu célèbre en prononçant des discours hostiles au pouvoir sur la Place des héros de Budapest à la fin des années 80.

Ancien dissident libéral sous le communisme, Viktor Orban (photo) s'est rendu célèbre en prononçant des discours hostiles au pouvoir sur la Place des héros de Budapest à la fin des années 80.

Le Premier ministre conservateur hongrois Viktor Orban a conservé le pouvoir à l'issue des élections législatives de dimanche, critiquées par l'OSCE. Son parti, le Fidesz, n'est toutefois pas sûr de conserver sa «super-majorité» des deux tiers.

Les résultats partiels, basés sur le dépouillement de 98,97% des bulletins de vote, créditent lundi le Fidesz de 44,54% des suffrages. Le parti conservateur devance largement l'alliance de la gauche (près de 26%), qui a reconnu dimanche soir sa «cuisante défaite» même si elle fait mieux que les seuls socialistes en 2010 et si, selon elle, les dés étaient pipés au départ.

Le parti d'extrême-droite Jobbik a quant à lui nettement progressé à 20,54% (contre près de 17%), recueillant les fruits de son image plus policée.

Le Fidesz recule

Le Fidesz a perdu beaucoup de terrain comparé aux 52,7% obtenus en 2010. Malgré cela, il obtiendrait 133 sur 199 sièges au Parlement, soit exactement le seuil lui apportant une majorité des deux tiers. Une proportion qui pourrait encore bouger un peu, car les résultats sont très serrés dans certaines circonscriptions. Les résultats définitifs doivent être annoncés samedi.

Le Fidesz serait donc en passe de rafler une «super-majorité» avec «un nombre de suffrages de 2,1 millions, inférieur à ses performances de 2002 et de 2006, années où il avait perdu les élections», s'offusque le site d'informations indépendant Index.hu lundi.

«Cela montre bien à quel point le système électoral a favorisé le Fidesz», estime-t-il. Le parti avait unilatéralement décidé une réforme dont le point central était le redécoupage à son avantage des circonscriptions dans tout le pays.

Loi électorale critiquée

Au-delà, l'omniprésence du parti dans la campagne et son contrôle des médias ont porté préjudice à une alliance de la gauche déjà fragilisée par des dissensions internes, mal organisée et incapable de se présenter comme une alternative viable, estime Zoltan Miklosi, professeur en science politique au Centre européen de l'université de Budapest.

Les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont eux aussi critiqué le déroulement des élections. Le Fidesz «a été indûment avantagé par une législation de campagne restrictive, une couverture médiatique partiale et des activités de campagne qui ont brouillé la séparation entre le parti politique et l'Etat», ont-ils déploré.

M. Orban s'est de son côté senti conforté par les urnes. «Les électeurs ont dit oui à notre nouveau système légal, y compris notre nouvelle constitution», a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. Il a assuré que son programme était «composé d'un seul mot: continuation». Il a même ironisé: «en exagérant un peu, vous n'allez même pas vous rendre compte que nous avons un nouveau gouvernement».

Contre-pouvoirs muselés

Depuis 2010, le Fidesz a muselé toutes les institutions et les contre-pouvoirs, comme les médias et la justice, mais aussi l'économie et la culture. Le tout légalement, grâce à sa majorité au parlement.

Une prise de contrôle tentaculaire que ni les manifestations populaires de 2011 et 2012, ni les sévères rappels à l'ordre de Bruxelles ou les critiques des Etats-Unis n'ont réussi à brider. Lundi, la Commission européenne a commenté a minima la réélection de M. Orban, disant «compter sur son engagement pour maintenir l'élan» en faveur de l'UE.

L'inconnue demeure sur ses projets pour les quatre années à venir. Le parti n'a pas diffusé de programme électoral, et a surtout fait campagne sur la baisse des prix de plus de 20% de l'énergie domestique depuis 2013.

Viktor Orban s'est aussi attribué la relance de l'économie (liée surtout à des récoltes exceptionnelles dans l'agriculture), la baisse du taux de chômage, obtenue en partie avec des «emplois» d'intérêt général au rabais, et le passage du déficit public sous les 3% du Produit intérieur brut, un résultat de la nationalisation forcée des fonds de retraite privés.

Comment poursuivre?

«La question est la même pour le vainqueur et le perdant: comment poursuivre ?», souligne le journal de référence du pays, le «Nepszabadsag», proche de la gauche, dans un éditorial lundi. «Pour le Fidesz, la réponse est claire: continuer. Pour l'opposition de gauche une chose est certaine: elle ne peut pas continuer comme ça.» (ats)

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