Procès BCGE: Trois accusés se murent dans le silence

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Procès BCGETrois accusés se murent dans le silence

L'audition des accusés au procès de la débâcle de la BCGE a tourné court jeudi.

Trois des cinq prévenus ont en effet invoqué leur droit au silence pour ne pas répondre aux questions émanant du Ministère public et des parties plaignantes.

L'ancien chef de la division risques de la Banque cantonale de Genève (BCGE) René Curti a été le premier à refuser de poursuivre l'interrogatoire mené par l'avocat de l'Etat de Genève Eric Alves de Souza. Puis ce fut au tour des deux ex-réviseurs d'Ernst&Young d'adopter la même stratégie de mutisme à géométrie variable.

Le procureur ironise

M. Alves de Souza a déploré que les prévenus choisissent les questions auxquelles ils veulent répondre. «Il n'y a rien de surprenant à cette attitude puisque lors de l'instruction, quatre des cinq accusés n'ont rien dit pendant un an et demi», a de son côté ironisé le procureur général Daniel Zappelli.

«C'est le temps qu'il vous a fallu pour rédiger l'acte d'accusation», lui a rétorqué Alec Reymond, l'avocat d'un des ex- réviseurs. «A silence, silence et demi», a-t-il ajouté. Après un bref débat, le tribunal correctionnel a abandonné l'idée de protocoler les questions que voulait poser le Ministère public.

Les juges ont malgré tout pu entendre les explications des deux ex-cadres d'Ernst&Young et les interroger. «J'ai toujours eu l'impression que notre mandat était exercé en totale indépendance», a déclaré le réviseur dont la mission était de superviser le travail fait par son collègue.

«Je n'ai jamais eu de pressions ni des organes de la banque, ni de ma hiérarchie», a-t-il ajouté. Il a encore affirmé que les comptes de la BCGE des exercices couvrant la période pénale allant de 1996 à 1998 reflétaient la situation réelle de la banque. «Sinon, je n'aurais pas donné ma signature».

Provisions suffisantes

Elément central de l'acte d'accusation, le niveau de provisions dont s'était dotée la BCGE était à ses yeux suffisant. Le seuil d'alerte a été atteint en 1998. «Il y avait alors la nécessité de constituer vraisemblablement des provisions supplémentaires de l'ordre de 400 à 600 millions de francs», a noté l'ex-réviseur.

Son collègue n'a pas dit autre chose devant le tribunal. «En 1996, j'avais signalé à la Commission fédérale des banques (CFB) que ce serait bien que la banque ait 200 millions de francs de provisions supplémentaires». La remarque a été renouvelée en 1997, puis en 1998, avec cette fois une somme estimée de 300 millions de francs.

Rejetant toutes les accusations, les deux ex-réviseurs ont le sentiment d'être les otages du procès civil qui oppose pour la même affaire leur ancien employeur à l'Etat de Genève. Ce dernier a engagé une action en justice à l'encontre d'Ernst&Young en 2003 et réclame à la fiduciaire 3 milliards à titre de dommages-intérêts. (ats)

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