Genève: Trois fois plus de policiers blessés qu'il y a 3 ans

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GenèveTrois fois plus de policiers blessés qu'il y a 3 ans

Genève a connu en 2015 un pic d'agents blessés en service. L'Etat-major ne s'affole pas, ce qui fait grincer des dents le syndicat.

par
Julien Culet
C'est lors d'une interpellation qu'un agent a le plus de risque de se blesser.

C'est lors d'une interpellation qu'un agent a le plus de risque de se blesser.

photo: Keystone/Salvatore di Nolfi

La hausse est nette. Le nombre de policiers genevois blessés en service est passé de 30 par an en 2012 et 2013 à 85 l'an passé. Et 15 d'entre eux «ont subi des lésions importantes», indique le service de presse des forces de l'ordre, qui ne peut fournir les chiffres de 2014. Le chiffre global prend en compte les lésions infligées volontairement par des auteurs d'infractions. «Il s'agit majoritairement de fractures aux mains, aux doigts en allant au contact de la personne à interpeller», relève le porte-parole Silvain Guillaume-Gentil.

L'Etat-major de la police reconnaît ne pas avoir d'explication à l'augmentation des blessures. «Il s'agit de petits volumes, rapportés au nombre d'arrestations ou de contrôles par exemple (nb : la police a mené 82'000 réquisitions), donc leur fluctuation, même importante, est relative», rapporte le service de presse. Ce dernier précise qu'aucune consigne particulière n'a été donnée aux agents et que le degré de gravité des lésions à déclarer n'a pas été abaissé entre 2013 et 2015.

Syndicat fâché

Ce manque d'explication ne satisfait pas le syndicat UPCP. «Ces chiffres méritent un peu plus de considération», estime le président Marc Baudat. Il évoque une possible volonté des agents de mieux rapporter leurs blessures. Leur but serait de faire reconnaître la pénibilité de leurs tâches. Il ne constate en effet pas d'accroissement de la violence à leur encontre. «Il peut y avoir un ras-le-bol à l'interne qui fait que tout est désormais dénoncé», avance le responsable syndical. Une source policière explique aussi qu'il y a quelques années, les agents avaient moins tendance à déclarer les faits de violences qu'ils subissaient.

Par ailleurs, Marc Baudat rejette l'idée que ce sont de petits volumes, comme le relève l'Etat-Major. Le responsable syndical estime en effet que les quelque 1400 policiers en fonction ne sont pas tous égaux face aux blessures. «Les 300 agents de police-secours (nb : qui assurent les interventions d'urgence) sont plus vulnérables puisqu'ils sont au front», précise-t-il.

Blessé bien encadré

Une cellule sociale prend en charge un policier lorsqu'il subit une blessure. «Elle s'assure de tout ce dont il a besoin dans le cadre privé et professionnel», explique le porte-parole genevois Silvain Guillaume-Gentil. Un soutien psychologique peut aussi lui être apporté. Si un agent est momentanément ou plus durablement incapable d'assurer une tâche de terrain, il est généralement affecté à un travail administratif ou à la centrale d'appel. Cela est possible quel que soit l'avancement de la carrière. «Nous avons un aspirant qui s'est blessé. Il effectue un stage aux ressources humaines puis il pourra reprendre sa formation pour devenir policier», précise Silvain Guillaume-Gentil.

Médiation encore jeune

L'organe de médiation de la police indique ne pas ressentir une tension particulière vis-à-vis des agents de la part de la population. Lancé officiellement en mai dernier après plusieurs mois de travaux, il a pour tâche de faire se rencontrer un citoyen et un agent qui auraient été en conflit. Le service a déjà été sollicité une quarantaine de fois. Fabienne Bugnon, médiatrice principale, indique que ces entrevues ont permis de lever des «incompréhensions. La personne sort rassurée et le policier a pu s'expliquer sur sa manière d'intervenir ou sur des paroles qui ont pu être mal ressenties».

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