Actualisé 05.12.2007 à 11:56

Trois heures de débat sur le cannabis

Les fronts sont figés au Conseil national sur la dépénalisation de la consommation du cannabis, réclamée par une initiative populaire.

Droite et gauche se sont affrontées mercredi pendant trois heures sans arriver au terme de leur débat.

Celui-ci reprendra la semaine prochaine, mais un rejet de l'initiative par la majorité bourgeoise se dessine déjà. Le peuple aura le dernier mot en 2009 ou 2010.

Pour les socialistes et les Verts, qui soutiennent le texte, il est temps de mettre fin à une situation hypocrite. Quelque 500 000 Suisses fument des joints et sont considérés comme des criminels, a fait valoir Geri Müller (Verts/AG).

«En 30 ans, la consommation n'a cessé d'augmenter. Il est illusoire de vouloir la réduire par l'interdiction», a ajouté son collègue de parti Bastien Girod (ZH) qui, à l'instar de nombreux nouveaux élus, a profité de ce long débat pour monter pour la première fois à la tribune.

L'initiative permettra de contrôler le marché du chanvre et d'édicter des règles strictes comme une limite d'âge pour fumer ou une teneur maximale en THC (la substance toxique). Aujourd'hui l'achat et la production de cannabis profitent avant tout à des organisations criminelles, peu soucieuses de l'âge des consommateurs, a expliqué Maria Roth-Bernasconi (PS/GE).

Il faut arrêter de fermer les yeux et mettre fin au marché noir, a renchéri la Bernoise Christa Markwalder, membre du comité d'initiative et soutenue par un tiers des radicaux. L'idée de nouvelles règles est «séduisante sur le papier, mais ne pourra jamais être appliquée dans la réalité», a rétorqué son collègue de parti, Christian Wasserfallen (BE).

Banalisation

Pour lui comme pour la quasi totalité des élus bourgeois, dépénaliser la consommation de cannabis, même si c'est uniquement pour un usage personnel, signifie sa banalisation. Or les risques pour la santé sont connus. Les jeunes qui fument ont des problèmes lors de leurs études ou de leur apprentissage.

Il existe une corrélation entre le chanvre et le risque de développer une psychose ou une schizophrénie, a affirmé, étude à l'appui, la policière Andrea Geissbühler (UDC/BE). Son collègue de parti et psychiatre jurassien Dominique Baettig a même expliqué que les consommateurs de cannabis devenaient à terme des «handicapés structurels». «Aucune drogue n'a jamais été inoffensive et les jeunes ont besoin de repères», a assuré Claude Ruey (PLS/VD).

Forte teneur en THC

D'autres élus bourgeois ont souligné les dangers que représente la «fumette» pour les tiers, notamment parce qu'elle est la cause de nombreux accidents de la route. Fait aggravant à leurs yeux, l'augmentation des teneures en THC, qui ne disparaîtra pas.

«Les joints n'ont plus rien à voir avec ce qui faisait le bonheur des beatniks sur la route de Katmandou», a relevé le policier neuchâtelois et vice-président de l'UDC Yvan Perrin. Quant à l'argument de la gauche selon lequel le tabac et l'alcool, tout aussi nocifs, sont en vente libre, il l'a boté en touche: «ce n'est pas une raison pour lâcher dans la nature un nouveau poison.»

Prévention

«Les méfaits du cannabis sont évidents et non contestés», a reconnu Stéphane Rossini (PS/VS). Il ne faut ni banaliser ni diaboliser les fumeurs de joints mais leur expliquer très concrètement les risques qu'ils encourent, a renchéri Jacqueline Fehr (PS/ZH). C'est pourquoi l'initiative prévoit justement que la Confédération prenne des mesures pour protéger la jeunesse.

Elle lui demande également d'édicter des prescriptions concernant la culture, la production, l'importation, l'exportation et le commerce des substances psychoactives du chanvre. Le Conseil fédéral recommande son rejet.

(ats)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!