Actualisé 27.12.2013 à 20:46

Egypte

Trois morts et au moins 265 pro-Morsi arrêtés

Déclarés «terroriste» par le gouvernement, les Frères musulmans ont manifesté vendredi, défiant l'interdiction. Des heurts ont fait au moins trois morts. Quelque 265 personnes ont été arrêtées.

Malgré la vague de répression qui s'abat sur eux depuis cet été et le nouveau coup dur de leur désignation mercredi comme groupe «terroriste», les partisans de Mohamed Morsi, le président islamiste renversé le 3 juillet par l'armée, avaient appelé à manifester dès vendredi au Caire et partout dans le pays.

«Poursuivons avec force et pacifiquement une nouvelle vague d'actions majestueuses anti-coup d'Etat», a lancé dans un communiqué l'Alliance anti-coup d'Etat, dirigée par les Frères musulmans.

Des heurts entre policiers et partisans des Frères musulmans ont éclaté au Caire et dans au moins quatre autres villes après la grande prière hebdomadaire. Des manifestants ont lancé des pierres sur les forces de l'ordre, qui ont fait usage de gaz lacrymogènes.

Un homme a été tué dans des heurts entre policiers et islamistes à Samaloute, au sud du Caire, selon une source hospitalière. Un partisan de la confrérie, âgé de 18 ans, a été tué par balles à Damiette, port situé dans le delta du Nil, selon un responsable de la police. Une troisième personne a été tuée dans la capitale, selon le ministère de l'Intérieur.

Au Caire, la police a tiré des gaz lacrymogènes vers des manifestants qui jetaient des pierres depuis l'intérieur du dortoir de l'université Al-Azhar. Des manifestants ont mis le feu à plusieurs voitures de police au Caire et dans la province de Miniyah, selon une source de sécurité.

Une dizaine de blindés se sont précipités vers une mosquée cairote où la police soupçonnait un rassemblement des Frères musulmans. Des perquisitions ont été menées dans les immeubles alentour.

Vague d'arrestations

Le ministère de l'Intérieur, qui a fait état de plusieurs blessés parmi les policiers, a annoncé que 265 partisans des Frères musulmans avaient été interpellés vendredi.

Mercredi déjà, une première vague d'arrestations avait suivi l'annonce officielle que la confrérie était classée parmi les mouvements «terroristes». Cette mesure permet d'inculper de terrorisme tout membre de la confrérie.

Les autorités ont pris cette décision à la suite de l'attentat-suicide commis mardi contre un QG de la police à Mansoura, dans le delta du Nil. L'attaque avait fait 15 morts. Les Frères musulmans avaient condamné l'attaque, alors qu'un groupe jihadiste l'avait revendiquée. Mais le gouvernement a continué à tenir la confrérie pour responsable de l'attentat.

Jeudi matin, un autre attentat visant un bus a fait cinq blessés dans le nord du Caire. L'homme fort du nouveau pouvoir, le général Abdel Fattah al-Sissi, chef de l'armée, a promis d'«éliminer» les terroristes et de faire revenir la «stabilité» dans le pays, après ces deux attentats en deux jours.

Au moins cinq ans de prison

Le gouvernement a prévenu que toute participation aux rassemblements des frères musulmans serait passible de cinq ans de prison. Les peines de prison liées à des accusations de terrorisme peuvent cependant être prolongées à vie. Les dirigeants des Frères musulmans encourent, eux, la peine de mort.

Sur le plan international, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a déploré la décision du pouvoir égyptien et s'est dit préoccupé par la vague d'arrestations.

Les Etats-Unis ont décidé en octobre de suspendre une partie de leur aide militaire annuelle de 1,3 milliard de dollars (1,16 milliard de francs) jusqu'au rétablissement de l'ordre constitutionnel. Washington n'envisage toutefois pas de prendre de nouvelles mesures de rétorsion à l'encontre du Caire. (ats)

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