Actualisé 12.06.2012 à 12:55

BerneTrois scénarios pour sortir du nucléaire

L'Association des entreprises électriques suisses a présenté mardi à Berne trois scénarios concernant l'approvisionnement électrique du futur.

L'Association des entreprises électriques suisses (AES) a synthétisé une série d'études menées depuis l'été 2011, élaborées par 50 spécialistes de la branche. «Nous nous basons bien entendu sur des scénarios excluant le remplacement des centrales nucléaires», a souligné Nicklaus Zepf, responsable du Comité de pilotage des Perspectives 2012, lors d'une conférence de presse mardi à Berne.

Dans les trois scénarios, les centrales d'accumulation et centrales au fil de l'eau sont considérées comme des fondements stables pour l'avenir. Il est prévu une augmentation des importations d'énergie, du nombre de centrales à gaz ou thermiques, et une hausse des énergies renouvelables, avec un point névralgique en 2035 à partir duquel le nucléaire ne serait plus utilisé.

«L'évolution de l'offre et de la demande, les répercussions des changements dans les pays voisins ainsi que le développement nécessaire du réseau ont fait l'objet d'analyses», précise Michael Frank, directeur de l'AES.

Scénario le plus «vraisemblable»

Le premier scénario part du principe que les prescriptions en matière d'efficience énergétique seront renforcées mais prévoit une augmentation du besoin d'électricité (avec une progression de 25% d'ici 2050). Pour y répondre, un quart de l'énergie devra toujours être importé jusqu'en 2035.

«Afin de sortir du nucléaire, la construction de 7 à 8 centrales à gaz à cycle combiné en Suisse serait nécessaire, comme celle d'installations à couplage chaleur-force», ajoute Nicklaus Zepf. «Ce scénario reste le plus vraisemblable dans le contexte actuel et le moins coûteux, avec des investissements estimés à 118 milliards pour 2050.»

Cette voie réclame plus d'ouverture concernant la construction d'éoliennes et de centrales hydrauliques ainsi que des coûts liés au développement de la géothermie et du photovoltaïque. «Mais ceci est plutôt moindre comparé aux deux autres scénarios, qui impliquent des changements considérables dans les conditions-cadres et l'acceptation sociale», relève le chef du comité de pilotage.

Volonté politique

Le second scénario sous-tend une forte volonté d'économiser l'énergie, y compris une forte incitation au moyen d'impôts élevés sur la consommation. «Une situation qui présuppose un changement de cap ambitieux et des dépenses allant jusqu'à 135 milliards de francs d'ici 2050», poursuit Nicklaus Zepf.

A terme, 70% de l'énergie serait produite à partir de sources renouvelables ce qui implique une augmentation considérable du parc des installations dès 2035. Par exemple, une combinaison d'un millier d'éoliennes, de huit grosses centrales hydrauliques et de 7000 installations photovoltaïques de grande taille pourrait être ajoutée aux 4 à 5 centrales à gaz et de couplage chaleur-force nécessaires.

Changement radical

Enfin, le dernier scénario propose le changement le plus radical, avec des taxes d'incitation élevées susceptibles de diminuer de 7% la consommation d'électricité (deux fois plus chère que dans le premier scénario). Les investissements conséquents dans les énergies renouvelables mèneraient à la construction d'environ 1250 éoliennes, 10 centrales hydrauliques et des installations photovoltaïques mastodontes.

«Ce dernier scénario demande des investissements à hauteur de 150 milliards dans la production et les réseaux, soit une augmentation des coûts de 75%, et une politique énergétique soutenue par une forte régulation étatique», souligne Nicklaus Zepf.

«Quelle que soit la voie choisie vers l'approvisionnement électrique futur, celle-ci ne sera pas une simple promenade», conclut-il. Si, par exemple, la consommation énergétique augmentait plus que prévu, il faudrait davantage d'importations ainsi que de centrales à gaz et les coûts monteraient en flèche. (ats)

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