Actualisé 31.05.2012 à 00:16

Meurtre de Cointrin (GE)«Trop de doutes», plaident les avocats

La journée de mercredi a été celle des plaidoiries de la défense. L'acquittement a été demandé pour l'entremetteur et le tueur, alors que l'avocat de la principale accusée a rejeté le motif d'assassinat.

von
Henri Della Casa

«Tout la condamne: l'horreur de son crime, le dossier ensuite. Elle-même enfin, soupire Me Vincent Spira. Au fond, la pire ennemie de Carole*, c'est Carole». Au moment de débuter sa plaidoirie, l'avocat sait bien toute la difficulté qui est la sienne. Sa cliente a «commis l'irréparable» en commanditant l'assassinat de son époux, Pierre S., en novembre 2008. Cette trentenaire, avec l'aide de sa mère et d'un entremetteur, aurait payé les services d'un tueur pour liquider celui avec qui elle vivait une relation tant passionnée que houleuse depuis 2003.

Treize heures de plaidoirie

Cette journée de mercredi au Tribunal criminel a été longue, parfois pesante. Au lendemain d'un réquisitoire accablant prononcé par la procureure Huber, le temps était donné aux avocats des quatre accusés de prendre la parole. Et le fil blanc de ces 13 heures (!) de défense a été le doute. Ou plutôt l'absence de preuves solides.

Rompu à l'exercice, Me Spira réfute le mobile financier avancé par l'accusation. Il rejette donc l'assassinat. De l'argent, la victime n'en avait pas tant, dit-il. «Ma cliente a plus d'argent, sa mère a plus d'argent». Si l'accusée a pris cette froide décision, c'est d'abord parce qu'elle vivait dans la peur, harcelée qu'elle était par la victime.

Si la Rolloise a pris cette froide décision, c'est aussi pour des raisons personnelles, qui remontent à la mort de son père lorsqu'elle avait 5 ans. Deuxième avocate de Carole, Me Karin Grobet-Thorens évoque «un manque de sécurité criant». L'accusée fond en larmes. A l'issue d'un monologue de quatre heures, qui conclut cette journée, Me Spira plaide ainsi le meurtre.

In dubio pro reo

Le doute, c'est aussi l'arme de Me Christian Delaloye, défenseur du tueur présumé. Ce dernier nie toute implication dans le meurtre de Pierre S. à son domicile de Cointrin. Rappelant le sacro-saint principe de la présomption d'innocence, l'homme de loi a ces mots : «On juge quelqu'un sur des preuves». Le fait est que si faisceau de preuves il y a en ce qui concerne le tueur, de nombreux doutes demeurent.

«On dit que mon client a filé Pierre S. les jours avant le meurtre, commence Me Delaloye. Où sont les centaines d'azimuts et de signaux?» La personnalité même du tueur présumé en fait selon son avocat un bien mauvais . «C'est un stressé; ce n'est pas un stratège».

Acquittement réclamé

Concis et vif, le défenseur finit par affirmer: «En fait, il est insupportable pour l'accusation de devoir dire aux parents de Pierre S. après 3 ans et demi d'instruction qu'on ne sait toujours pas qui a tué leur fils.» Il demande l'acquittement.

Le même résultat est plaidé par l'avocat de l'entremetteur, un palefrenier accusé d'avoir mis en contact Carole et le tueur, à l'automne 2008.

Complicité oui, instigation non

Dernière personne sur le banc des accusés, la mère de Carole doit être reconnue coupable de complicité de meurtre, et non d'instigation à assassinat, argue son défenseur. Certes, elle a fini par accepter de payer 25'000 francs au tueur, mais c'était parce qu'elle se trouvait »dans un état d'extrême angoisse» pour la sécurité de sa fille, résume Me Robert Assaël. Premier à plaider, il conclut à ce que sa cliente, 67 ans, «soit mise au bénéfice de la circonstance atténuante du repentir sincère.»

Place désormais aux délibérations. Le verdict de culpabilité sera rendu vendredi.

*prénom d'emprunt

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