Tuerie en Haute-Savoie: «Trop de victimes pour un seul tireur»

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Tuerie en Haute-Savoie«Trop de victimes pour un seul tireur»

Alors que la fillette de 7 ans, blessée dans la tuerie de Haute-Savoie, reste le seul «témoin-clef», l'hypothèse du tueur unique s'éloigne.

L'hypothèse d'un tireur unique semble de moins en moins envisageable dans la tuerie d'une famille britannique dans les Alpes françaises, alors qu'une fillette de sept ans reste le seul témoin-clef sur lequel compte les enquêteurs.

L'autre fillette du couple assassiné, Zeena, âgée de quatre ans, la seule à avoir pu parler aux enquêteurs, «a entendu mais n'a rien vu» du drame, a déclaré le procureur en charge de l'affaire, Eric Maillaud, vendredi lors d'une conférence de presse.

C'est «une petite fille qu'il importe de protéger», a-t-il ajouté, assurant qu'«elle devrait gagner la Grande-Bretagne dans un délai bref» afin «qu'elle essaie d'oublier ce cauchemar». Sa soeur de sept ans, Zainab, grièvement blessée, restait plongée dans un coma artificiel à l'hôpital de Grenoble (sud-est), mais ses jours ne sont plus en danger.

«Sauvagerie inouïe»

Avec près de 25 douilles retrouvées sur la scène de la tuerie de Chevaline, l'hypothèse d'un tireur unique semblait de moins en moins envisageable, même si les enquêteurs n'excluent à cette heure aucun scénario.

Tous les mystères de ce massacre «à la sauvagerie inouïe» dans lequel ont été tuées quatre personnes - Saad al-Hilli, 50 ans, sa femme Iqbal, originaire comme lui de Bagdad, une femme plus âgée de nationalité suédoise et un cycliste français- donnent lieu à une enquête «particulièrement complexe», selon le procureur.

Mais quelques zones commencent lentement à s'éclaircir, même si les enquêteurs sont soucieux de préserver leurs avancées. L'une d'elles a trait au nombre de tireurs. M. Maillaud avait fait état jeudi de quinze douilles retrouvées autour de la voiture: «On est aujourd'hui à peu près à 25» et «il y avait des douilles dans le véhicule».

Deux tireurs

Etant donné le nombre de balles tirées et le nombre de douilles retrouvées, le ou les tueurs «ont très certainement utilisé une arme semi-automatique», selon un spécialiste des armes. Or, les chargeurs standards de ces armes ne peuvent contenir «que 15 balles maximum», selon cette source. «Il y a trop de victimes pour qu'il n'y ait qu'un seul tireur, ou alors quelqu'un de très très bien entraîné», a également jugé un spécialiste.

Du coup trois hypothèses émergent: il y avait soit deux tireurs, soit un tireur ayant utilisé deux armes chargées de façon consécutive, soit enfin un tireur ayant rechargé pendant la fusillade. Les enquêteurs continuent également de creuser la piste d'un 4x4 vert et d'une moto qui auraient été vus par plusieurs témoins après les assassinats.

Le magistrat a d'ores et déjà ouvert deux informations judiciaires, l'une pour «assassinats» et l'autre pour «tentatives d'assassinats», car il y avait «une volonté de tuer toutes les personnes vivantes». Deux juges d'instruction ont été désignés pour cette affaire. Trois gendarmes français sont arrivés vendredi à Londres et un autre devait les rejoindre samedi matin.

Deux fillettes rescapées

La voiture de Saad al-Hilli, ingénieur, a été découverte mercredi après-midi sur une route forestière près du village de Chevaline, à proximité du lac d'Annecy où il passait ses vacances en camping avec sa famille.

A l'intérieur se trouvaient son cadavre, celui de sa femme et de la mère de cette dernière, selon les premiers éléments de l'enquête. A côté gisait un cycliste français, victime collatérale de ce qui ressemble à une tentative d'exécution de toute une famille.

En ont réchappé la fillette de quatre ans restée huit heures cachée dans la voiture avant que les enquêteurs ne la découvrent, et l'aînée de sept ans, grièvement blessée au crâne.

Mobile

Les enquêteurs devaient notamment se pencher sur la piste d'un litige financier entre Saad al-Hilli et son frère. Ce dernier s'est présenté «spontanément» jeudi à la police britannique pour «demander des nouvelles de son frère» et nier toute implication.

Les théories les plus diverses, du car-jacking ayant mal tourné à la piste terroriste d'al-Qaïda, ont été avancées par la presse britannique, dont aucune n'est confirmée par les enquêteurs français. Le procureur d'Annecy s'est dit «halluciné» par cette profusion.

Il s'est montré très prudent quant à la théorie d'un tueur à gages. «Je n'aime pas le mot d'exécution. Exécution égal professionnel», a-t-il dit, se refusant à donner toute précision sur l'enquête balistique, le type d'arme et le calibre des munitions.

Inconnu des servives

Il a également souligné que M. al-Hilli était «totalement inconnu» des services de renseignement.

Né à Bagdad et installé depuis longtemps en Grande-Bretagne, Saad al-Hilli, 50 ans, travaillait depuis près de deux ans pour une société de micro-satellites, Surrey Satellite Technology Limited, (SSTL), appartenant à Astrium, elle-même filiale du géant aéronautique EADS, a confirmé le président de SSTL en lui rendant un hommage appuyé.

Il résidait avec sa femme et ses deux filles dans la grande banlieue sud de Londres, dans le comté du Surrey.

(ats/ap/afp)

Pleurs et bouquets

Les bouquets s'accumulaient vendredi devant la maison des victimes où de nombreux voisins venaient se recueillir, certains très émus, la plupart incrédules. En début d'après-midi, notamment, est arrivé un groupe de six jeunes femmes portant des bouquets, plusieurs en larmes : des mamans de l'école du quartier où sont scolarisées les petites Zainab Zeena.

Un des policiers en faction devant la maison a pris leurs bouquets et les a ajoutés au tas déjà imposant formé par les précédents. L'une d'elles, dont l'enfant est dans la même classe que l'une des fillettes, a rapporté, comme la plupart des gens qui connaissaient les al-Hilli, que «c'était une famille adorable, vraiment adorable».

«Chères Zainab et Zeena, nous prions pour vous. Que Dieu vous console, qu'il fasse que vous guérissiez. Avec tout notre amour, Anne et Isaac», pouvait-on lire sur un des bouquets, auxquels a été ajouté un ours en peluche.

L'enquête se déroule sous très forte pression médiatique. L'accès à la zone où a été découverte mercredi la voiture de Saad al-Hilli a été rouverte vendredi, et, depuis, chaque caillou ensanglanté, trace de pneu ou débris de verre a été scruté par des dizaines de caméras.

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