Football: Troy Deeney entre terrain et prison
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FootballTroy Deeney entre terrain et prison

Balloté entre un père en prison et une mère au boulot, le capitaine de Watford a vécu une enfance difficile. L'alcool et la violence l'ont accompagné jusqu'en Premier League.

par
Sport-Center
Malgré une enfance difficile et une adolescence plus que compliquée, Troy Deeney a réussi à devenir joueur professionnel.

Malgré une enfance difficile et une adolescence plus que compliquée, Troy Deeney a réussi à devenir joueur professionnel.

Keystone

Dans une interview accordée à «talkSPORT», Troy Deeney a parlé sans détour de ses démons, de son passé et de son combat permanant, afin de ne rester dans les clous.

«Je travaille toujours pour être complètement abstinent en ce qui concerne l'alcool. Et la manière de gérer ma colère fait aussi partie du traitement. Le plus difficile pour quelqu'un est d'admettre qu'il a un problème et d'agir en conséquence. Je suis aidé par des professionnels. Chaque lundi, de 14h à 17h, je m'assois et je parle en essayant de peler les couches comme si j'étais un oignon», explique l'attaquant des Hornets, qui met son mal-être sur le compte de son enfance.

«J'aimais vraiment boire un verre»

Troy Deeney a grandi dans une banlieue de Birmingham. Son père a multiplié les allées et venues en prison, pendant que sa mère avait trois emplois pour nourrir ses trois enfants.

«Papa était impliqué dans de nombreux crimes et la police venait régulièrement à la maison pour le rechercher. Dès l'âge de trois ans, il m'a fait jouer au football avec des enfants beaucoup plus grands que moi. Il leur disait: frappez-le et s'il gémit, il rentrera», se souvient le joueur de 31 ans. De cette manière, il a grandi très vite, mais il s'est complètement perdu.

«J'aimais vraiment boire un verre. Je vivais pour les week-ends et si cela finissait en bagarres, cela m'était égal. Je me dis que j'étais un idiot, mais je ne changerais jamais mon passé parce qu'il a vraiment fait de moi ce que je suis aujourd'hui.» Cela s'est traduit par des problèmes d'alcool, de jeu, de gestion de la colère et même par un séjour de trois mois en prison pour trouble à l'ordre public.

De la prison alors qu'il jouait déjà en Premier league

N'ayant jamais espéré devenir footballeur professionnel, Deeney a admis que son attitude laissait à désirer lorsqu'il a finalement réussi à passer un cap avec Walsall (aujourd'hui en 4e division anglaise). C'est Sean Dyche, actuel entraîneur de Burnley, qui l'a pris à l'époque sous son aile. «Il ne m'aimait pas. Il pensait que je ne méritais pas sa confiance. C'est pourtant sous ses ordres en 2011 que je suis devenu un homme. Nous sommes allés en France en camp d'avant-saison, il a littéralement essayé de me briser tout au long de mon séjour.»

Sean Dyche, un homme très important dans la carrière de Troy Deeney

Mais en 2012, alors qu'il portait déjà les couleurs de Watford (toujours avec Dyche aux commandes), il est retombé dans ses travers et c'est là qu'il a été envoyé en prison pour avoir attaqué un groupe d'étudiants devant une boîte de nuit. Sa carrière naissante a donc subi un sérieux coup d'arrêt.

«Je gagnais plus de 6000 francs suisses par semaine, ce qui était suffisant pour acheter une maison dans mon ancien quartier, et je traînais encore avec tous mes anciens camarades. Alors que tout allait bien sur le terrain, un cancer a été diagnostiqué à mon père en février et il est décédé en mai.»

Gros comme un culturiste

Au moment où Deeney a été libéré après avoir purgé trois de ses sept mois de prison, Dyche avait été remplacé au poste de manager de Watford par Gianfranco Zola. «A ce moment-là, je ressemblais à un culturiste des années 70. Pendant mes trois mois de prison, je n'ai pas vu le coiffeur et je lançais des poids Je suis allé dans le bureau de Gianfranco et il m'a dit que j'étais son septième choix d'attaquant. Mais je lui ai dit de me donner une semaine pour faire mes preuves et il s'est avéré être le manager qui a tiré le meilleur de moi.»

Et la suite, on la connaît. En 2020, Troy Deeney fait toujours partie du contingent des Hornets et a multiplié son salaire par douze. Une histoire qui finit bien.

Claude-Alain Zufferey

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