Actualisé 22.09.2018 à 08:56

DiplomatieTrump dit de Kim: «Il est calme, je suis calme»

Le président américain s'accroche à son «succès» diplomatique avec Pyongyang. Un second sommet entre les deux puissances devrait se tenir prochainement.

1 / 150
Le Pentagone a accepté une rallonge pour le mur voulu par le président américain à la frontière avec le Mexique. (Jeudi 13 février 2020)

Le Pentagone a accepté une rallonge pour le mur voulu par le président américain à la frontière avec le Mexique. (Jeudi 13 février 2020)

Keystone
Le républicain Mitt Romney a voté en faveur de la destitution du président américain, mais Donald Trump a été acquitté des accusations à son encontre. (Jeudi 6 février 2020)

Le républicain Mitt Romney a voté en faveur de la destitution du président américain, mais Donald Trump a été acquitté des accusations à son encontre. (Jeudi 6 février 2020)

Keystone
Le président américain Donald Trump a effectué une visite surprise aux troupes basées en Afghanistan. (Jeudi 28 novembre 2019)

Le président américain Donald Trump a effectué une visite surprise aux troupes basées en Afghanistan. (Jeudi 28 novembre 2019)

AFP

«Il est calme; je suis calme.» Le président américain Donald Trump résume ainsi la mue de sa relation jadis explosive avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Il s'accroche aussi à ce qu'il considère être son grand «succès» diplomatique, quitte à se satisfaire de gestes limités de la part de Pyongyang.

Le 45e président des Etats-Unis n'a pas tari de superlatifs pour commenter l'issue du sommet intercoréen cette semaine. «Super réponses», «progrès extraordinaires», relations «excellentes», a-t-il énuméré, insistant sur le «calme» qui prévaut après une année 2017 scandée par les bruits de bottes nucléaires.

Alors que Kim Jong-un souhaite rencontrer à nouveau Donald Trump «à une date rapprochée», le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo lui a fait écho vendredi en disant espérer qu'un nouveau sommet, après celui, historique, du 12 juin à Singapour, puisse se tenir «dans pas trop longtemps».

Déboires en politique intérieure

M. «Trump pense que son premier sommet avec M. Kim était un succès majeur», explique à l'AFP Jon Wolfsthal, directeur du Nuclear Crisis Group, une organisation de prévention des conflits atomiques. «Or, il a besoin de succès diplomatiques rapides pour compenser des déboires en politique intérieure», ajoute cet ex-membre de l'administration démocrate de Barack Obama.

A Pyongyang, où il a accueilli le président sud-coréen Moon Jae-in, le dirigeant nord-coréen a confirmé le démantèlement d'un site balistique, promettant cette fois la présence cruciale d'inspecteurs internationaux. Il s'est aussi dit prêt à fermer définitivement un important complexe nucléaire, à condition d'obtenir des contreparties américaines. Il pourrait s'agir d'une déclaration mettant fin à la guerre de Corée, qui ne s'est conclue en 1953, que par un armistice, mais aussi d'une levée partielle des dures sanctions internationales.

Les avancées semblent concrètes pour la première fois depuis Singapour, mais leur portée est jugée limitée par la plupart des observateurs.

Dénucléarisation «d'abord»

Suffisantes en tout cas pour débloquer l'impasse dans laquelle se trouvaient les négociations sur la dénucléarisation: Mike Pompeo s'est dit prêt à les relancer «immédiatement», dès la semaine prochaine à New York.

Dans sa réaction, il a soigneusement ignoré la demande de contreparties américaines. Cette exigence nord-coréenne ne cadre en effet pas avec le discours très ferme que Washington tenait avant le sommet Trump-Kim et qu'une partie du gouvernement tente de maintenir.

«Rien ne peut se passer sans dénucléarisation, la dénucléarisation doit intervenir d'abord», a martelé jeudi la porte-parole du département d'Etat américain, Heather Nauert. Et «les sanctions doivent être appliquées. On ne peut pas lever le pied», a-t-elle aussi insisté.

Sur les sanctions, les Etats-Unis ont jusqu'ici tenu bon. Mais le président républicain semble davantage disposé que son gouvernement à faire d'autres concessions.

«Une lettre gentille de Kim Jong-un a suffi pour que le président se dise prêt à un autre sommet, alors qu'aucun des problèmes n'a été résolu», s'inquiète Bruce Klingner, longtemps chargé de la Corée du Nord à la CIA et, aujourd'hui, chercheur du think tank conservateur Heritage Foundation.

Utiliser Trump

Or, ajoute-t-il pour l'AFP, «Pyongyang tente clairement de découpler M. Trump du reste de l'administration. Ils le considèrent», «à raison», «plus susceptible de faire des concessions comme il l'a fait à Singapour sans rien demander en retour».

Pour Bruce Klingner, toutefois, «les Etats-Unis peuvent tenter d'utiliser ce vif désir nord-coréen de rencontrer M. Trump pour arracher des choses avant toute réunion».

Contrairement au «tout ou rien» affiché, l'administration américaine semble en effet elle-même s'engager sans le dire dans un processus de concessions réciproques, étape par étape.

«Il semble clairement que ce qu'ils ont convenu de mettre en place le 12 juin à Singapour est de l'ordre du donnant-donnant, comme le réclame Pyongyang», estime Joseph Yun, qui était encore récemment l'émissaire américain pour la Corée du Nord.

«Espérer que la Corée du Nord dénucléarise complètement», «avant d'obtenir quoi que ce soit, c'est totalement irréaliste», plaide cet expert de l'United States Institute of Peace, un cercle de réflexion. (nxp/ats)

(NewsXpress)

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!