Bolivie: «Tu es une femme de ménage!»
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Bolivie«Tu es une femme de ménage!»

Les femmes indigènes continuent d'être méprisées par une partie de la société bolivienne. Les tensions se cristallisent dans le port de la jupe traditionnelle amérindienne.

par
lhu
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Lorsque cette mère de famille indigène Glenda Yanez se rend à l'école avec ses enfants, elle ne porte pas la jupe traditionnelle amérindienne.

Lorsque cette mère de famille indigène Glenda Yanez se rend à l'école avec ses enfants, elle ne porte pas la jupe traditionnelle amérindienne.

Pablo COZZAGLIO
Craignant les conséquences que sa tenue pourrait avoir, la jeune femme préfère y aller «habillée», un euphémisme pour dire qu'elle arbore des vêtements à l'occidentale.

Craignant les conséquences que sa tenue pourrait avoir, la jeune femme préfère y aller «habillée», un euphémisme pour dire qu'elle arbore des vêtements à l'occidentale.

La «pollera» est la tenue traditionnelle des femme indigènes. Il s'agit d'une lourde et ample jupe confectionnée avec jusqu'à six mètres de tissu. Elle est souvent accompagné d'un chapeau et d'une couverture.

La «pollera» est la tenue traditionnelle des femme indigènes. Il s'agit d'une lourde et ample jupe confectionnée avec jusqu'à six mètres de tissu. Elle est souvent accompagné d'un chapeau et d'une couverture.

Lorsque la mère de famille indigène Glenda Yanez se rend à l'école avec ses enfants, un établissement de l'élite bolivienne, elle ne porte pas la jupe traditionnelle amérindienne. Craignant les conséquences que sa tenue pourrait avoir, la jeune femme préfère y aller «habillée», un euphémisme pour dire qu'elle arbore des vêtements à l'occidentale. «Les mères de famille qui me parlaient ne me parlent plus», raconte-t-elle, supposant que ces dernières ont su qu'elle revêtait quotidiennement la «pollera», une lourde et ample jupe confectionnée avec parfois jusqu'à six mètres de tissu.

«Ça me répugne que tu sois ici»

Bien que les Amérindiens représentent la moitié de la population du pays, une partie de la société bolivienne continue de mépriser les «cholas», terme familier qui désigne les femmes indigènes.

«Ça me répugne que tu sois ici», lui a-t-on lancé à plus d'une occasion lorsqu'elle portait la jupe, la couverture et le chapeau traditionnels. «C'est une confrontation politique», explique Glenda à l'AFP.

S'intégrer ou revendiquer sa différence, l'équilibre n'est pas toujours facile à trouver. Mariée à un haut fonctionnaire indigène, cette créatrice de mode appartient à une nouvelle bourgeoisie qui revendique la jupe traditionnelle, un «symbole de rébellion et de revendication pour les jeunes», dans une société en pleine transformation. Le pays a connu une prospérité économique inédite sous le gouvernement du président socialiste Evo Morales, le premier Amérindien à accéder à la fonction suprême en Bolivie, qui brigue le 20 octobre un quatrième mandat.

La «pollera» est un thème de discussion récurrent chez Glenda, surtout depuis que sa fille de neuf ans a décidé de la porter pour aller à l'école, provoquant un petit séisme parmi ses camarades. «Femme de ménage, tu es une femme de ménage!», lui a lancé l'un d'entre eux.

Jupes autrefois interdites

Depuis l'arrivée au pouvoir d'Evo Morales en 2006, les jupes traditionnelles sont de plus en plus visibles dans les espaces publics et les milieux professionnels, où elles étaient autrefois interdites.

La Constitution bolivienne de 2009 reconnaît l'existence de 36 langues indigènes officielles et une loi approuvée en 2010 sanctionne le racisme et la discrimination. Avant cette date, une femme pouvait être expulsée d'un lieu public par le simple fait de porter la jupe amérindienne.

«La jupe est un symbole qui permet d'assumer sa différence, malgré la discrimination qu'elle peut susciter. Et c'est la femme qui tient ce rôle, car les hommes - les cholos - n'ont pas d'habits typiques», explique à l'AFP la sociologue Ximena Soruco.

Depuis la fin du XIXe siècle, la «chola», personnage populaire de la littérature bolivienne, est considérée comme un groupe social à part: une femme qui travaille hors de chez elle et fait figure de pilier de la famille.

A quelques semaines du scrutin présidentiel, pour lequel Evo Morales est candidat, le port de la tenue traditionnelle fait l'objet de débats.

(lhu/afp)

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