Elections en Catalogne: «Tu feras attention jeudi. Evite le Centre-Ville»
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Elections en Catalogne«Tu feras attention jeudi. Evite le Centre-Ville»

Désertée par les touristes, la capitale catalane attend avec fébrilité les élections de jeudi. Immersion dans une ville où beaucoup se regardent en chien de faïence.

par
Robin Carrel
Barcelone

«Je n'ai pas le droit de parler, nous dit Oriol, nerveux, dans son kiosque d'informations pour les touristes situé Plaza de España. Notre manager nous a dit de répondre à tout, sauf en ce qui concerne les élections ou tout ce qui y touche. Il ne faut surtout jamais évoquer ça! Et en plus, ça ne fait qu'une année que je fais ce boulot...»

On ne voulait en aucun cas le mettre dans l'embarras, mais juste avoir son sentiment sur la baisse de la fréquentation de la ville par les touristes, depuis l'attentat à la voiture-bélier du mois d'août dernier, puis après les affrontements consécutifs au référendum du 1er octobre dernier. Il faut dire que le sujet est extrêmement sensible et rares sont les Barcelonais à accepter de s'exprimer de vive voix. Alors imaginez en plus si on essaie de leur tendre un micro...

«Toujours pas excusés»

Mais en insistant un peu, certains acceptent de nous prendre à part et là, c'est bien souvent le choc. Car dès qu'ils commencent à exprimer leur point de vue, c'est la véhémence, voire la colère qui prédomine. Il y a notamment Guillermo, croisé sur la route du Nou Camp, le stade du FC Barcelone: «Les Espagnols n'ont rien compris. Leur gouvernement est formé de descendants de Franco (ndlr: dictateur du pays de 1939 à 1975) et ils ne se sont toujours pas excusés depuis. Vous savez, il avait même fait fusiller le président du Barça, à l'époque! Quel ignominie.»

Il y a aussi ceux qui, résignés, iront voter jeudi, mais ne se font pas d'illusions quant à ce qu'il se passera ensuite. «Pas mal de gens ici sont en colère, mais on va faire quoi? Refaire un référendum et revoter oui? Ensuite réélire un nouveau parlement et revoter encore? Ça n'a pas de sens», se plaint Isabel, sur La Rambla, juste en-dessous de la Place de Catalogne, là même où une fourgonnette conduite par un terroriste islamiste avait tué quinze personnes le 17 août dernier.

Où sont passés les touristes?

Car depuis, la magnifique Barcelone n'est plus la destination si prisée des touristes du monde entier, qui venaient de partout pour y flâner sur le bord de mer, visiter la Sagrada Família, déambuler sur les Ramblas, y admirer l'architecture ou y voir un match du grand Barça de Lionel Messi. Pour l'heure, il n'y a qu'affiches politiques à moitié déchirées, messages indépendantistes peints sur la route ou les murs et drapeaux catalans aux balcons et quelques cars de touristes chinois par-ci par-là.

Certains espèrent que les élections de jeudi décantent un peu cette situation, pour que la ville retrouve enfin le sourire qui fait son charme. Car les Catalans sont des gens extrêmement accueillants, mais deviennent vite méfiants dès qu'on parle de ce sujet qui fâche même au sein de certaines familles. «Tu feras attention jeudi. Il faudra éviter le Centre-Ville, conseille Guillermo. Les Espagnols qui habitent ici ne feront pas de grabuge. Mais il paraît que, suivant les résultats, des gens viendront du reste du pays pour casser et montrer que la Catalogne est ingérable.» Ambiance...

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