Actualisé 26.08.2018 à 09:56

Genève

«Tu veux un steak? Bouffe toi toi-même»

Une marche contre le spécisme a réuni 500 manifestants à Genève, selon la police. Tout s'est déroulé dans le calme, malgré les craintes des bouchers.

de
Lucie Fehlbaum

«Dois-je rire? On me viole, on tue mon veau, on exploite mon corps». La Vache qui rit n'était pas à la fête samedi matin. Sur le panneau d'une militante, elle devenait message politique. Devant la cathédrale Saint-Pierre à Genève, les anti-spécistes s'étaient donnés rendez-vous. La journée mondiale pour la fin du spécisme, créée et organisée par l'Association pour l'égalité animale (PEA), fêtait ses quatre ans. L'occasion pour 500 convaincus de marcher ensemble jusqu'au parc des Cropettes. Dans un contexte tendu: depuis le début de l'année, 15 boucheries ont été victimes de caillassage par des anonymes se revendiquant du mouvement. Le directeur de la boucherie du Molard et le représentant de la profession avaient notamment témoigné de leurs inquiétudes quant à la marche de samedi dans la presse. Pourtant, selon les organisateurs, la présence policière n'a pas été augmentée. Une information que les forces de l'ordre ne confirmeront pas.

Un mouvement "trop moralisateur"

PEA a par ailleurs son propre système de sécurité, qui encadre les manifestations depuis le premier jour. «Nous avons prouvé que nous menions des campagnes de fond sérieuses, nous organisons des cycles de conférences, tournons des vidéos explicatives, détaille Pia Shazar, porte-parole de PEA. Nous ne sommes pas du tout derrière ces caillassages. Notre idéologie doit être proche, mais pas nos actions. Nous militions depuis une décennie et je suis gênée que notre mouvement soit résumé à ces actes anecdotiques. Quinze boucheries c'est beaucoup, mais notre mouvement a surtout apporté une réflexion solide sur notre rapport aux autres animaux.»

Avant le départ, Pia Shazar a mis en garde contre les dégradations, rappelant que le moindre autocollant coûterait à l'association. A 14:10, scandant ses slogans au sens du rythme parfois bancal, la foule s'est mise en marche. «Mais qui croit encore que les animaux n'ont pas de sentiments. C'est de l'obscurantisme, témoigne une militante. Tellement d'études scientifiques le montrent ! Comme dit le slogan, "tu veux un steak, bouffe toi toi-même!"». Selon un passant, qui a assisté au départ du cortège, le discours des anti-spécistes est trop moralisateur. «C'est très hautain de dire aux gens qu'ils font tout faux, c'est une attitude d'adolescent en rébellion.» Pourtant dans la foule, tous les âges se sont mêlés. Une sexagénaire engagée parle du «combat d'une vie. C'est l'évidence, surtout dans nos pays industrialisés où la viande n'est qu'un luxe.»

Hommage aux morts

Au pont de la machine, l'ambiance s'est faite solennelle. La foule, couchée le long de l'ouvrage pour un "die in", le sitting version funéraire, a écouté un hommage musical aux animaux tués. La composition, qui mêlait violons glaçants et cris d'animaux à l'abattoir, a beaucoup intrigué les passants. Et ému les fidèles, qui se bouchaient les oreilles ou versaient quelques larmes, avant de reprendre la route. A 15h, dernier stop le long des quais, avant les Cropettes. Dans un trafic dense, les participants ont traversé le carrefour du Mont-Blanc de manière fluide. A l'image du reste de la marche: «Le tracé prévu a été respecté, tout comme l'horaire et les conditions d'autorisation. Si les organisateurs ont en plus invité au respect, il n'y avait pas de raison que l'événement se déroule mal», témoigne Silvain Guillaume-Gentil, porte-parole de la police. Le vigile posté devant la boucherie du Molard a dû s'en réjouir.

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