Actualisé 04.04.2008 à 05:29

UBS et CFF Cargo: L'UDC et le PS montrés du doigt

Après les radicaux pour Swissair, L'UDC paie sa proximité avec l'UBS et désigne le PS comme principal responsable de la débâcle de CFF Cargo.

Lors du grounding de Swissair, la «république des petits copains radicaux zurichois» était dénoncée par l'UDC et le PS. Aujourd'hui, la crise de l'UBS et la débâcle de CFF Cargo les mettent à leur tour dans l'embarras.

Pour Christian Levrat, président du Parti socialiste suisse (PS), les dépréciations d'actifs de plusieurs milliards de francs de l'UBS sont «un des pires ratés du marché» jamais vu. Elles montrent aussi selon lui l'échec du modèle économique de l'Union démocratique du centre (UDC) basé sur l'autorégulation des marchés.

La crise venue, les hérauts du libéralisme en appellent maintenant à l'Etat, a dit à l'ATS Christian Levrat, faisant allusion aux interventions massives des banques centrales pour tenter de calmer les marchés financiers.

L'UBS proche de l'UDC

Le président sortant de l'UBS Marcel Ospel a dénigré des années durant l'Etat, dénonce M. Levrat. La direction de la banque était visiblement très proche de l'UDC et de son mentor Christoph Blocher, d'ailleurs invité au mariage de M. Ospel, tous deux ont été en affaires depuis des décennies, et le tribun de l'UDC semble avoir été approché pour reprendre la tête de la grande banque, ajoute-t-il.

Avec Peter Spuhler, patron du constructeur de matériel ferroviaire thurgovien Stadler Rail, un membre éminent de l'UDC est d'ailleurs dans le conseil d'administration de l'UBS et participe ainsi à ses choix stratégiques, relève encore M. Levrat.

Il demande aussi que les directeurs et administrateurs de la banque remboursent leurs bonus exorbitants, et à ses yeux immérités au vu des erreurs commises. «C'est une question d'honneur» pour le président du PS, qui salue tout de même au passage que la direction et les administrateurs de l'UBS n'ont pas demandé jusqu'ici de décharge, ce qui facilitera le cas échéant d'éventuelles actions en justice.

Il est vrai qu'au contraire de Swissair, la Confédération n'est pas engagée dans l'UBS. Mais les implications du numéro un de la banque helvétique sur l'économie du pays donnent des sueurs froides, selon M. Levrat.

La moitiée des petites et moyennes entreprises (PME) et 2,3 millions de particuliers sont ses clients, et une hypothèque sur quatre est négociée avec elle. Implicitement, l'établissement bénéficie ainsi d'une sorte de garantie étatique.

Coûteuse politique de transfert

A première vue, les problèmes de CFF Cargo se jouent dans une ligue financière inférieure. Mais s'il ne s'agit pas ici de dizaines de milliards de francs de pertes, ce sont tout de même des dizaines de millions.

Et la crise de la division marchandises des CFF illustre aussi les doutes qui continuent à planer sur la politique de transfert de la route au rail menée à grands frais: les nouvelles transversales ferroviaires alpines (NLFA) coûteront au moins 19 milliards de francs, sans compter d'autres milliards affectés aux voies de raccordement.

Ce transfert de la route au rail semble d'ailleurs avoir atteint ses limites. En 2007, il a même marqué un repli. La part du rail dans le transit de marchandises transalpin via la Suisse est redescendue à 64%, contre 66% un an plus tôt.

Lors du débat urgent au Conseil national de mars dernier, l'UDC ne s'est pas fait faute de désigner le PS comme principal responsable de la débâcle de CFF Cargo: l'ex-directeur de CFF Cargo Daniel Nordmann, l'ex-patron des CFF Benedikt Weibel, le secrétaire général du Département fédéral des transports (DETEC) Hans Werder et son chef Moritz Leuenberger sont en effet tous membres du PS.

L'art de l'esquive

Confrontés à ces problèmes, les deux partis cultivent l'art de l'esquive. L'UDC ne veut ainsi pas prendre position sur la crise de l'UBS, arguant qu'il s'agit d'une entreprise privée.

Dans le cas des CFF, le PS montre du doigt la libéralisation du rail qui a amené avec l'alliance BLS/Deutsche Bahn une concurrence jugée inutile. De plus, selon le PS, la stratégie des CFF est largement influencée par le président de son conseil d'administration Thierry Lalive d'Epinay, un membre du Parti radical-démocratique (PRD).

Dans ce contexte, le politologue Iwan Rickenbacher met en garde contre des conclusions hâtives. Il est à ses yeux prématuré de définir les responsabilités politiques dans les crises de l'UBS et des CFF. Lors du grounding de Swissair, des coupables présumés ont été rapidement trouvés, pour être par la suite presque entièrement blanchis par la justice.

(ats)

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