Actualisé 19.12.2012 à 10:08

Scandale du Libor

UBS versera près de 1,4 milliard d'amendes

La banque versera près de 1,4 milliard de francs d'amendes et de restitutions de bénéfices dans l'affaire du Libor. Une quarantaine d'employés ont été sanctionnés.

Le numéro un bancaire helvétique va verser près de 1,4 milliard de francs aux autorités américaines, britanniques et suisses dans le cadre de l'affaire de manipulation du taux Libor, au titre d'amendes et de restitutions de bénéfices. Le volet helvétique atteint 59 millions de francs.

Dans le détail, 1,2 milliard de dollars concerne le volet de l'affaire aux Etats-Unis. L'amende revenant aux autorités britanniques porte sur 160 millions de livres (237,4 millions de francs). Les 59 millions de francs dus à l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) sont eux destinés à restituer des profits indûment réalisés.

Trader à Tokyo

Les faits remontent entre 2006 et 2010. Des traders d'UBS ont alors demandé à multiples reprises aux employés de la banque en charge de la communication des taux d'intérêt d'annoncer des valeurs plus élevées ou plus basses. Ces individus ont ainsi tenté d'influencer les chiffres déclarés afin de favoriser les positions de négoce pour propre compte d'UBS, a expliqué mercredi la FINMA.

Certains traders ont aussi poursuivi des intérêts personnels. Il est démontré qu'une grande partie de ces demandes a été acceptée par les collaborateurs responsables à Zurich et à Londres de la communication du Libor, rares ont été les cas où il a été établi qu'elles avaient été refusées, note la FINMA dans son communiqué.

Un nombre important de ces demandes revenaient à un seul trader qui travaillait depuis Tokyo entre les années 2006 et 2009. Ce même opérateur a également demandé à des collaborateurs de banques tierces et à des courtiers indépendants d'influer sur les communications du taux Libor de banques tierces.

Grosse perte au 4e trimestre

Le numéro un bancaire helvétique a par ailleurs annoncé mercredi prévoir essuyer une grosse perte nette au titre du quatrième trimestre 2012, en raison principalement des provisions à constituer pour régler les litiges et les questions réglementaires en lien avec le bouclement du dossier Libor.

Du coup, UBS s'attend à accuser une perte nette comprise entre 2 et 2,5 milliards de francs au quatrième trimestre 2012.

Ces provisions devraient porter sur 2,1 milliards de francs environ pour solder les litiges et les problèmes réglementaires. La grande banque escompte encore quelque 0,5 milliard au titre de frais de restructuration et 0,4 milliard pour perte de propre crédit sur les passifs financiers désignés à la juste valeur.

Au final et sur une base ajustée, UBS s'attend à dégager pour l'ensemble de l'exercice 2012 un bénéfice avant impôts de l'ordre de 2,5 à 3 milliards de francs. Toutes les estimations sont sujettes à révision dans la mesure où le quatrième trimestre n'est pas encore terminé, selon le communiqué.

Instances dirigeantes pas impliquées

Dans ses investigations, la FINMA n'a pas trouvé de «signe qui pourrait donner à penser que la haute direction d'UBS ait eu connaissance des dysfonctionnements résultant des demandes des traders ou de la prise d'influence à des fins de promotion de la réputation».

Les problèmes constatés dans le cadre de l'enquête impliquent «de nombreux collaborateurs et un nombre limité de cadres», a précisé mercredi l'Autorité fédérale de surveillances des marchés financiers.

Au-delà, le gendarme bancaire dit avoir relevé «une grave violation des exigences d'organisation et de garantie d'une activité irréprochable chez UBS».

Peu d'impact sur l'action

L'action UBS a ouvert en baisse de 0,6% mercredi à la Bourse suisse, avant de passer dans le vert.

Vers 9h21, le titre accélérait ses gains pour valoir 15,33 francs, soit une progression de 0,52% par rapport à son cours de clôture de la veille, dans un marché SMI en hausse de 0,29%. Avant-bourse, il montrait déjà une évolution favorable, avec 0,3% vers 8h30.

Pour les opérateurs, le montant annoncé de près de 1,4 milliard de francs, se trouve déjà très largement intégré dans le cours de l'action (ats)

Le Libor fixe la rémunération des crédits interbancaires

Le taux Libor (London interbank offered rate) reflète au quotidien la situation sur le marché monétaire, élément déterminant pour le refinancement des banques. Il sert aussi da référence de politique monétaire à la Banque nationale suisse (BNS) depuis début 2000.

Le Libor, dont l'histoire remonte à 1984, est fixé chaque jour ouvrable à 11h00 (heure de Londres) par la British Banker's Association. Il s'agit du taux d'intérêt, fixé pour diverses monnaies et durées, que les grandes banques appliquent entre elles aux crédits à court terme.

A l'origine, le Libor visait à fournir une base unifiée à un nombre d'instruments financiers en rapide multiplication. S'il existe aussi un Libor à un et deux mois, le plus utilisé - y compris par la BNS - est celui qui établit la rémunération des dépôts à trois mois.

Le Libor a l'avantage de ne pas trop réagir aux déséquilibres à court terme, et il reflète relativement fidèlement des phénomènes affectant l'économie. Pour le franc, le Libor équivaut à la moyenne des taux appliqués par les huit principales banques internationales qui forment l'échantillon de référence, dont UBS et Credit Suisse.

Le Libor est calculé pour les principales devises mondiales. Outre le franc, il y a ainsi un Libor pour la livre sterling, pour les dollars américain, canadien, australien et néo-zélandais, pour le yen, ainsi que pour les couronnes suédoise et danoise. L'euro se base par contre sur un autre taux de référence, l'Euribor.

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