Suisse orientale: Un accord étrange avant une évasion
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Suisse orientaleUn accord étrange avant une évasion

La police appenzelloise recherche un prisonnier, qui avait conclu une affaire bizarre avant de prendre la poudre d'escampette.

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eli/dmz
L'homme est en fuite depuis le 1er août.

L'homme est en fuite depuis le 1er août.

«Cette histoire oscille entre comédie et polar», écrit lundi «20 Minuten». Cette histoire, c'est celle de Peter E.. L'homme avait été condamné l'année passée à 6 ans et 4 mois de prison, pour de multiples escroqueries. Aidé par des complices, il avait, entre autres, grugé des banques et des assurances. Le montant de l'arnaque tourne autour des 18 millions de francs.

En avril, E. a entamé sa peine dans un établissement ouvert de Gmünden (AR). Il n'y restera pas longtemps. Le 1er août dernier, profitant d'un congé, le quinquagénaire s'est évadé. Dans une lettre adressée aux autorités pénitentiaires, il a expliqué qu'il avait «besoin d'une pause» et que sa condamnation, qu'il juge «injustifiée», l'a soumis à «un stress psychologique excessif». Il a en revanche promis qu'il reviendra un jour. Pour le moment, il est toujours dans la nature.

Libération achetée?

Selon nos collègues alémaniques, la fuite de ce prisonnier est liée à une étrange affaire, qui date de mai dernier. Alors incarcéré, Peter E. a racheté une société au Liechtenstein, par l'intermédiaire d'Ibag Consulting AG, basée à Herisau (AR). Cette entreprise n'est plus active, il s'agit en réalité d'un manteau d'actions avec un capital de base de 50'000 francs.

Le détenu a, selon les documents de vente obtenus par «20 Minuten», racheté les actions pour un total de 400'000 francs. Quelque 150'000 francs ont été payés en liquide. Mais cette somme, avancent nos collègues, seraient en réalité un pot-de-vin pour une libération anticipée.

Accord étrange

Le bénéficiaire du versement est un certain Bejadin M., un Macédonien connu pour des affaires de fraude. Il aurait, par exemple, promis de l'aide à des compatriotes en délicatesse avec les autorités suisses de migration avant de disparaître. Il compte comme partenaire d'affaires, Michael E., un ex-policier avec des contacts dans le monde du renseignement.

Une clause spéciale de cette vente stipule que, si Peter E. était libéré avant le 31 juillet, il ne devrait payer que 250'000 des 400'000 francs de la valeur des actions. Comme cela n'est pas arrivé, le montant restant a été versé à Bejadin M. et à son associé.

Arnaque ou blanchiment

Pourquoi ce deal particulier? Des sources proches du dossier ont un début d'explication. Il se peut d'une part qu'E. se soit fait avoir. «Il avait très peur en prison, il est possible que ses «complices» lui aient fait croire qu'ils pouvaient le faire libérer», analyse un insider, qui a souhaité rester anonyme. «Quand, fin juillet, il a vu que cela n'arriverait pas, il a décidé de s'en aller», conclut cette source.

Le détective privé zurichois Hans Peter Bosshard, qui a rapporté le cas aux autorités policières, penche pour une autre possibilité: «Peut-être que cet achat était un moyen de blanchir de l'argent, en prévision de l'évasion d'E.»

Ni Ibag Consulting, ni les deux ex-propriétaires de l'entreprise n'ont pu être joints pour une explication.

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