Actualisé 21.03.2017 à 17:36

GenèveUn acquittement à Madrid relance l'affaire Sperisen

L'Espagne a acquitté le ministre qui dirigeait Erwin Sperisen, l'ex-chef de la police du Guatemala, condamné pour assassinats.

de
Jérôme Faas
Erwin Sperisen, ressortissant suisso-guatémaltèque, a dirigé la police de l'état d'Amérique centrale de 2004 à 2007.

Erwin Sperisen, ressortissant suisso-guatémaltèque, a dirigé la police de l'état d'Amérique centrale de 2004 à 2007.

Keystone/AP/Moises Castillo

Erwin Sperisen, ex-chef de la police du Guatemala, dort à Champ-Dollon. Condamné à la prison à vie par la justice genevoise pour assassinats, il est en détention provisoire depuis quatre ans et demi, en attendant que le Tribunal fédéral statue sur son cas. Ce mardi, ses avocats ont déposé pour lui une nouvelle demande de liberté. C'est qu'à Madrid, le 15 mars, la justice espagnole a acquitté Carlos Vielmann, ex-ministre de l'intérieur de l'état d'Amérique centrale, pour le même complexe de faits, alors que 160 ans d'emprisonnement étaient requis à son encontre.

«Toute la condamnation genevoise s'effondre», estiment dès lors Me Florian Baier et Giorgio Campa. Carlos Vielmann était le chef direct d'Erwin Sperisen lors de l'opération meurtrière de la police guatémaltèque dans le pénitencier de Pavon, en 2006 (lire encadré). Et son subalterne, Javier Figueroa, avait été acquitté par la justice autrichienne en 2013.

«Prétendue organisation criminelle»

Bref, résument les deux avocats, dans cette affaire d'exécutions extrajudiciaires, «l'organisation criminelle qui a prétendument été à l'œuvre n'existe que dans l'esprit des juges genevois. L'homme au sommet a été acquitté, celui d'en bas a été acquitté, et seul celui du milieu, Erwin Sperisen, est condamné».

Mes Baier et Campa s'offusquent d'autant plus de la condamnation en appel de leur client que celle-ci «qualifie de coupables deux personnes innocentes et acquittées», Carlos Vielmann et Javier Figueroa, et repose particulièrement sur la participation aux faits du dernier nommé. «Or, la Cour européenne des droits de l'homme exclut qu'une personne qui n'a pas été condamnée soit déclarée coupable.»

«Un signal très fort»

Formellement, la décision espagnole n'a pas d'impact sur la future décision du Tribunal fédéral, appelé à trancher le cas d'Erwin Sperisen: il ne peut pas prendre en compte d'éléments nouveaux. «Mais dans cette affaire, l'acquittement de Carlos Vielmann joue un rôle très important», insiste Me Baier. «Que l'Espagne balaie l'accusation après deux mois d'audience, c'est un signal très fort.» Il espère donc que ce jugement inspirera la décision des juges fédéraux.

En l'attendant, c'est à la chambre d'appel et de révision genevoise de trancher quant à la libération provisoire d'Erwin Sperisen. La décision devrait tomber d'ici une dizaine de jours. Sollicité, le pouvoir judiciaire a indiqué ne pas vouloir faire de commentaires.

Dix exécutions extrajudiciaires

Erwin Sperisen a été condamné à la prison à vie pour assassinats par la justice genevoise en mai 2014 en première instance, puis en mai 2015 en appel. Les juges sont convaincus que cet homme qui a dirigé la police du Guatemala de 2004 à 2007 "a planifié et rendu possible les exécutions de dix détenus": trois évadés de la prison d'Infierneto en 2005, abattus plutôt que d'être remis en cellule, et sept détenus de la prison de Pavon, en 2006, lors d'une reprise en main du pénitencier par les forces armées. La procédure, menée à Genève par le procureur Yves Bertossa à l'encontre du ressortissant suisso-guatémaltèque, a été initiée par l'ONG anti-impunité Trial. Un recours devant le Tribunal fédéral est pendant.

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