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Euro 2020Un air de 1996 souffle sur l’Angleterre

Comme il y a vingt-cinq ans, les fans chantent le retour du football sur leurs terres. Mais cette fois, les Three Lions ont une opportunité en or d’accrocher la finale.

par
Valentin Schnorhk
La liesse des fans entoure l’équipe d’Angleterre dans cet Euro disputé presque intégralement à domicile.

La liesse des fans entoure l’équipe d’Angleterre dans cet Euro disputé presque intégralement à domicile.

AFP

Les parallèles sont presque trop faciles. Wembley. Southgate. «Football’s coming home». L’engouement général. C’est l’été 96 en Angleterre. Tout ou presque rappelle l’Euro d’il y a 25 ans. Les points communs sont partout. Même la teinture blonde de Paul Gascoigne s’est répliquée sur le crâne de Phil Foden. Les Three Lions sont en demi-finale du championnat d’Europe, disputé quasi intégralement à domicile, et le sentiment d’unité derrière l’équipe est perceptible même de notre côté de la Manche. Comme il y a un quart de siècle. Sauf qu’à l’époque, tout s’était arrêté à ce stade de la compétition.

Mercredi soir, face au Danemark, l’Angleterre voudra faire oublier les échecs passés. Car à l’exception de la Coupe du monde 1966 remportée sur ses terres, cette sélection n’a pas beaucoup de beaux récits à raconter. «Nous n’avons pas une aussi belle histoire que ce que l’on croit parfois, souriant Gareth Southgate en conférence de presse mardi. Nous n’avons jamais disputé une finale d’Euro et nous pouvons donc être les premiers à y parvenir. C’est excitant.» Le sélectionneur peut en faire une affaire presque personnelle. En 1996, alors joueur, il était celui à avoir manqué le penalty décisif contre l’Allemagne en demi-finale, laissant sur le carreau une Angleterre persuadée que son tour était arrivé. Southgate n’a pas oublié. «Ça me fera toujours mal», disait-il après avoir éliminé cette même Allemagne en 8e de finale la semaine dernière. Le début de la rédemption.

La rédemption de Southgate

L’homme a aujourd’hui un peuple derrière lui. Ses anciens coéquipiers sont passés à autre chose, font front commun avec lui. «Gareth, tu n’as pas besoin de t’excuser auprès de nous pour l’Euro 96. Passe à autre chose. Nous sommes tellement fiers de toi», lui a en somme dédicacé Alan Shearer dans une chronique sur The Athletic. L’Angleterre est unie, ne parle plus que d’une seule voix. L’occasion est si belle. «Nous sommes en train de remettre le pays sur la carte du football», lançait ce week-end Southgate, après la qualification pour les demi-finales avec son succès 4-0 contre l’Ukraine à Rome.

L’engouement anglais tient aussi sa source là-dedans. Le quart de finale italien n’était finalement que la seule date d’une tournée presque exclusivement vécue à Wembley. À domicile donc, dans un stade qui plus est toujours acquis à Harry Kane & co. La contrainte du variant Delta, qui ferme le Royaume-Uni à à peu près tout le monde, favorise leur cause. L’avantage est sans doute plus qu’un gain marginal. Le public anglais peut chanter à tue-tête que le football «is coming home», l’hymne de l’Euro 1996, sans que personne ne vienne le contester. «Nous recevons un soutien fantastique à travers le pays», apprécie Southgate. Les scènes de liesse à Wembley après l’élimination de l’Allemagne viennent corroborer les propos.

«Écrire l’histoire»

Mais il n’y a pas que l’air qui souffle sur l’Angleterre qui inspire la confiance. L’histoire de l’Euro 2020, c’est aussi l’histoire d’une équipe. Southgate a pu être décrié pour ses choix tactiques, son football pas forcément ambitieux (mais une solidité incontestable, avec aucun but encaissé jusqu’ici). Reste qu’il a construit un collectif. «Nous sommes un groupe très uni, et nous le sommes toujours plus en gagnant des matches, insiste Harry Maguire. Gareth (Southgate) est brillant de par ses qualités dans le management humain. C’est toujours difficile de convaincre tout le monde, mais il montre qu’il est le meilleur pour ce job. Il me donne une énorme confiance.» Le sélectionneur a rassemblé ses joueurs autour de valeurs communes, au-delà des rivalités entre clubs qui ont pu exister par le passé. Une culture commune, un ADN commun. Une identité, pour faire simple, comme le mentionnent plusieurs articles fouillés publiés ces derniers jours outre-Manche.

Et puis, cette équipe-là grandit aussi à travers ses échecs. Ce n’est pas la première demi-finale que cette Angleterre va disputer. Celle de 2018, avec l’élimination contre la Croatie à la Coupe du monde, peut lui servir. «Nous y croyons encore plus aujourd’hui, alors qu’à l’époque, ce n’était pas vraiment le cas», note Maguire, le défenseur de Manchester United. «Cette équipe a fait du chemin pour en arriver là, développe Southgate. Il faut rencontrer des moments difficiles pour être capable d’avancer. Nous avons eu quelques grandes soirées, mais également certaines très douloureuses. Nous avons là une opportunité de grandir. Les joueurs ont vu ce qu’il était possible de réaliser et il y a là une autre chance d’écrire l’histoire.» Référence à une qualification pour la finale, bien sûr. Avec 25 ans de retard.

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