Actualisé 10.04.2020 à 17:57

Paris

Un an après, le chantier de Notre-Dame sommeille

Un an après l'incendie de Notre-Dame de Paris, le «chantier du siècle» est à l'arrêt, confinement lié au nouveau coronavirus oblige.

Une immense grue à l'arrêt au-dessus d'une cathédrale toujours prisonnière de son échafaudage telle une toile d'araignée: c'est l'image immobile que donne le chantier du siècle en plein confinement du coronavirus.

Une immense grue à l'arrêt au-dessus d'une cathédrale toujours prisonnière de son échafaudage telle une toile d'araignée: c'est l'image immobile que donne le chantier du siècle en plein confinement du coronavirus.

AFP/Philippe Lopez

Depuis son incendie qui a ému le monde, Notre-Dame, joyau gothique orpheline de sa flèche, sans charpente, avec une voûte fragilisée, reste en «urgence absolue» selon l'équipe qui veille sur elle, même s'il est très improbable qu'elle s'écroule. Autour du parvis ceinturé de barrières, les touristes japonais, chinois ou américains ont cessé de venir faire des selfies.

«La vie est toujours là», a assuré l'archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, au cours d'une cérémonie à l'occasion de Vendredi Saint, dans une cathédrale vide.

Depuis le spectaculaire incendie, dans la soirée du 15 avril, qui avait saisi d'effroi Paris et le reste de la planète, poussant des mécènes et des quidams du monde entier à promettre plus de 900 millions d'euros pour la reconstruction, le chantier a connu des avanies et l'enquête patine.

Chantier dans le sommeil

Les premiers retards ont d'abord été dûs aux mesures contre la contamination au plomb. Puis à l'automne et à l'hiver, les intempéries ont bloqué le chantier, chaque fois notamment que les vents dépassaient 40 km/h.

Et alors que le printemps se profilait et que le démarrage du démontage des 10'000 tubes de l'échafaudage tordus et soudés par le feu était imminent, la pandémie de Covid-19 et le confinement général en France ont plongé le chantier dans le sommeil.

Chef d'orchestre du chantier, le général Jean-Louis Georgelin, ancien chef d'état-major des armées françaises, étudie désormais la possibilité de faire reprendre partiellement, progressivement et de manière ciblée ce chantier aux multiples facettes, qui mobilisait avant la mi-mars entre 60 et 70 ouvriers.

Par exemple «pour les cordistes, ces équilibristes au bout de leur cordes, la distanciation sociale (exigée face au coronavirus) est évidente», souligne-t-il.

Si des robots ont déblayé la nef, il faut encore retirer les débris au dessus de l'immense voûte. Des opérations qui s'achèveront en principe à l'été, tandis que le démontage et le dépoussiérage du grand orgue sera effectué d'ici 2024.

Des capteurs sont chargés partout d'identifier le moindre mouvement éventuel. «Ça ne bouge pas», rassure une source proche du dossier.

A l'identique ou contemporain ?

Quand pourra-t-on entrer dans la phase de restauration? Le général Georgelin assure à l'AFP qu'elle «devrait commencer en 2021».

L'architecte en chef Philippe Villeneuve effectue les études de restauration, qui conditionneront les travaux. Une consolidation des voûtes pourrait être encore nécessaire. «J'espère que tout cela sera terminé à l'automne» 2020, affirme le général.

Malgré la mise en sommeil, «nous ne dormons pas, je sollicite la réflexion de tout le monde», insiste le général qui estime tenable le délai de cinq ans souhaité par Emmanuel Macron pour restaurer ce joyau du patrimoine français. «Supposons que le sommeil dure de l'ordre de deux mois. Sur une durée de 68 mois, on devrait être capable de l'absorber», estime t-il.

Rien ne permet encore de discerner la forme finale qu'aura le joyau gothique. Devra être tranchée l'alternative qui divise les amoureux de ce symbole national et religieux: reconstruire à l'identique la flèche dont l'avait dotée l'architecte Viollet-Le-Duc au XIXe siècle, ou concevoir un «geste architectural contemporain», comme l'a souhaité Emmanuel Macron? Au risque de se mettre en infraction avec l'Unesco...

Enquête qui patine

Certains ont proposé une flèche en verre, ou de créer sur le toit un parc-jardin bio, voire une terrasse panoramique pour les touristes...

L'architecte Philippe Villeneuve plaide la fidélité à l'ouvrage génialement retouché dans le style gothique par Viollet-le-Duc, dont sont conservés tous les plans. Il a estimé qu'une reconstruction à l'identique permettrait mieux de tenir les délais. Une option qui semble être celle d'une majorité de Français.

Dernière inconnue: l'enquête, désormais menée par trois juges d'instruction.

Au cours de son enquête préliminaire, le procureur de Paris Rémy Heitz avait privilégié la piste accidentielle, évoquant une cigarette mal éteinte ou un dysfonctionnement électrique.

Depuis, aucun élément nouveau n'est venu accréditer l'hypothèse criminelle, selon lui, mais les recherches doivent se poursuivre, sur la zone de départ de feu notamment, difficilement accessible. (afp)

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