Givrins (VD): Un arbre pourrit l'existence de deux familles voisines
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Givrins (VD)Un arbre pourrit l'existence de deux familles voisines

Une bisbille à cause d'un érable oppose les parties depuis vingt ans. L'affaire est allée jusqu'au Tribunal fédéral.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
Le feuillu, vénéré par les uns, cache la vue des autres.

Le feuillu, vénéré par les uns, cache la vue des autres.

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Avocats, experts et juges se sont déjà penchés sur l'affaire. Mais les esprits ne se sont toujours pas calmés entre deux familles de Givrins. Au centre du différend se trouve un érable de 7 mètres de haut, situé sur la propriété du couple S. Les F., eux, estiment que, de leur terrasse, ils n'ont pas la vue sur le Léman à cause du végétal. «Cet arbre est là depuis huitante ans. Les autres voisins l'apprécient et viennent profiter de son ombre l'été», avancent les propriétaires de l'érable. Les différents juges qui ont statué sur ce dossier depuis 2010 ont ordonné que le végétal soit taillé tous les deux ou trois ans, aux frais des plaignants.

Il y a une semaine, des paysagistes qui se sont présentés chez les S. ont été renvoyés par ceux-ci. «Elaguer un grand arbre quand il produit des feuilles est contraire aux règles de l'art», ont martelé les propriétaires. La bisbille a pris racine entre 1999 et 2000. Et, entre les deux parties, la querelle s'amplifie. Chacun a sa propre lecture des jugements. Les S. rappellent que la pérennité de l'arbre doit être assurée. Les F. soulignent que cette même justice demande à la police d'intervenir si les ouvriers sont empêchés d'élaguer.

Ce conflit a fini par exaspérer les villageois. «C'est triste d'en arriver là. Ils se pourrissent tous la vie», soupire un élu. «Ils se bousillent la santé», renchérit un autre. Quant à la facture du bras de fer, elle atteint environ 50'000 francs. Et ce n'est pas fini.

A Lutry, André Kudelski avait capitulé

Un conflit assez semblable à celui de Givrins a eu lieu à Lutry (VD). Vieux d'une quinzaine d'années, il a opposé l'industriel André Kudelski à des voisins qui estimaient que les arbres de sa propriété leur bouchaient la vue sur le lac. La commune était intervenue dans ce dossier. André Kudelski avait saisi la justice pour attaquer la décision des élus. En 2015, le Tribunal cantonal l'avait partiellement débouté. Interrogé par «24 heures», il avait dit ne pas vouloir recourir au Tribunal fédéral.

Possible baisse de la valeur immobilière

Dans le cas du litige de Givrins, une experte signale que le Code rural a prévu ce genre de problème. «Si l'arbre était là avant le propriétaire, celui-ci ne peut pas dire qu'il a acheté la vue sur le lac», souligne cette spécialiste, qui compte une dizaine d'années d'expérience. «Mais, nuance-t-elle, chaque cas est particulier.» Par exemple, une route ou de nouvelles infrastructures peuvent entraîner une baisse ou une hausse de la valeur immobilière.

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