Jura - Un artiste ukrainien réfugié dans un cirque suisse
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JuraUn artiste ukrainien réfugié dans un cirque suisse

Le Cirque Starlight a invité des réfugiés avec, parmi eux, un artiste qui a fui les bombes, avec sa famille.

par
Vincent Donzé
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Oleg Valko était samedi l’invité du Cirque Starlight, à Porrentruy (JU).

Oleg Valko était samedi l’invité du Cirque Starlight, à Porrentruy (JU).

lematin.ch/Vincent Donzé
Le couple était invité avec ses trois enfants, Andrew (16 ans, passionné d’informatique qui étudie les logiciels), Anton (11 ans, joueur de saxophone inscrit à une école de cirque), David (6 ans, chanteur qui veut devenir musicien).

Le couple était invité avec ses trois enfants, Andrew (16 ans, passionné d’informatique qui étudie les logiciels), Anton (11 ans, joueur de saxophone inscrit à une école de cirque), David (6 ans, chanteur qui veut devenir musicien).

le matin.ch/Vincent Donzé
Entre toiles et fumée, le spectacle «Limbes» est crépusculaire.

Entre toiles et fumée, le spectacle «Limbes» est crépusculaire.

le matin.ch/Vincent Donzé

Oleg est acrobate et Alesya est chanteuse. Tous deux enseignent leur art à l’université de Kiev. L’été dernier, Oleg Valko participait à la finale de «L’Ukraine a un incroyable talent», avec une pyramide de verres posée sur un couteau tenu dans sa bouche. Après leur arrivée à Alle, il y a trois semaines, ce couple ukrainien réside avec ses trois enfants dans un appartement situé dans le Musée d’art optique (Popa) de Pierre Kohler, à Porrentruy. Le hasard du calendrier a posé le Cirque Starlight sur le chemin de l’exil…

Samedi, avec d’autres familles ukrainiennes invitées par les fondateurs et directeurs du cirque, Jocelyne et Heinrich Gasser, Oleg et les siens ont assisté à une représentation pleine d’émotion. Ils ont découvert une création théâtrale décrite ainsi par l’écrivaine Elisa Shua Dusapin: «On dirait un crépuscule. Tout est calme. Nous sommes dans les limbes. Dans le règne de l’oubli».

Elle doit s’enfuir

Le metteur en scène Christopher D. Gasser a placé une jeune fille dans son récit: «Elle doit s’enfuir. Des êtres plus étranges les uns que les autres voudront l’aider. Mais peut-elle leur faire confiance?», relate Elisa Shua Dusapin dans le programme de la tournée. Pour le metteur en scène, «ce n’est pas la fin du monde. La vie continue». Le propos semblait faire écho à l’exil des spectateurs ukrainiens, même si le clown Victor Rossi ne s’exprime qu’en français.

«On est loin du cirque traditionnel pratiqué en Ukraine», a constaté Oleg après avoir vu des numéros de contorsion, de jonglage, d’équilibre, d’acrobatie, de sangles et de corde. Pétri de poésie, dans le sillage du Cirque du Soleil, Heinrich Gasser a pris sa retraite: il ne lance plus de couteaux sur une planche où se tenait son épouse, qui elle faisait un équilibre de sabre, comme Oleg.

Les Gasser ont regardé sur un smartphone la prestation télévisée d’Oleg, à l’«Ukraine a un incroyable talent».

«L’école du cirque de Kiev est remarquable. J’ai souvent engagé des artistes ukrainiens», a commenté Heinrich Gasser. «Au début, on ne travaillait qu’avec les pays de l’Est. C’était les meilleurs», précise Jocelyne. Lors de la tournée de 2019, avant la pandémie, les Gasser ont engagé un trio formé d’un Suisse, d’un Russe et d’un Ukrainien. «Il n’y a pas de politique au cirque ni de religion», précise Heinrich Gasser,

À la fin de la représentation, Oleg a ouvert de grands yeux, en voyant arriver Johnny Gasser, le fils aîné de ses hôtes, qui s’est adressé à lui en russe. «Bingo!», s’est exclamé Oleg, en référence au «Bingo Circus Theatre» qui les a réunis autrefois. «Nous nous connaissons, on s’est rencontré lors d’un gala à Linz (A), il y a 15 ou 16 ans», rapporte Johnny, ému.

Un duo avec Yuri

«Depuis mes 10 ans, je forme un duo avec un artiste russe, Yuri», précise Johnny qui fait carrière à Las Vegas dans un numéro de barre russe qui lui a valu deux records du monde. Dans un numéro aérien à deux, sa sœur Jessica a participé à une finale de «La Suisse a un incroyable talent». C’était en 2015.

Pour Oleg, au-delà d’un moment d’évasion, sa rencontre avec la famille Gasser lui permettra peut-être de garder la forme et de gagner trois francs, six sous en enseignant son art à l’École du cirque du Jura. Ce dimanche, au Cirque Starlight, il aidera au démontage du chapiteau en partance pour Delémont, puis Nyon, Genève, Morges, Neuchâtel…

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