Actualisé 03.09.2019 à 09:37

GenèveUn astronome de l'Unige dans une BD pour enfants

Destiné aux écoles primaires, un ouvrage conte entre autres la découverte de la première exoplanète, en 1995. Mais le projet va plus loin.

de
David Ramseyer

Nous sommes en 2075. Une fillette reçoit un étrange colis: à l'intérieur, un livre relate un incident lors de la visite d'enfants à l'Observatoire de Genève, en 2019, qui mènera à une découverte extraordinaire. C'est le scénario de «Salomé-Enquête d'exoplanètes», une bande dessinée créée par un astrophysicien de l'Université de Genève, Baptiste Lavie.

Parmi les personnages, deux sommités scientifiques: le professeur Michel Mayor et son doctorant de l'époque, Didier Queloz. Ces chercheurs du département d'astronomie de l'Unige ont découvert, en 1995, la première planète hors de notre système solaire (exoplanète). «Apparaître ainsi, c'est sympathique, rigole Michel Mayor. Mais l'important est d'attirer l'attention des jeunes sur ce domaine scientifique.»

C'est justement le but recherché. Le livre est le point de départ d'un plus vaste projet pédagogique: «Je tentais d'expliquer mon travail à mes deux petites filles et l'idée d'une bande dessinée m'est venue, rembobine Baptiste Lavie. C'est un bon moyen de vulgariser une discipline qui fait souvent peur car elle semble très compliquée».

S'amuser et apprendre en classe

L'idée est vite devenue une histoire de famille. Certaines des héroïnes de la BD s'inspirent directement des enfants du scientifique, tandis que son épouse a coécrit le scénario (ndlr: les dessins sont de Raf, un artiste marseillais; la coloriste est étudiante genevoise, Rebecca Traunig).

L'ouvrage est destiné à être offert aux classes de 7e primaire, à Genève et dans le reste de la Suisse romande. «Nous espérons ainsi toucher environ 100'000 enfants sur cinq ans», dévoile Baptiste Lavie. Dans l'idéal, son oeuvre constituera le support, dès la rentrée 2020, à des ateliers menés par les enseignants, après une formation idoine à l'Observatoire de Genève. «10-12 ans, c'est un âge idéal pour intéresser les enfants à la science, assure Gaël Ottoni, doctorant en astrophysique et membre du comité scientifique du projet. Ils sont suffisamment matures pour un apprentissage de base, tout en ayant un esprit ouvert avec une capacité d'émerveillement intacte.»

En filigrane, Baptiste Lavie souhaite passer un autre message: «Dans le domaine de la recherche scientifique, les femmes sont victimes d'une discrimination inconsciente. C'est pourquoi les personnages principaux de la bande dessinée sont des filles».

Nouvelles aventures

L'Unige et d'autres institutions appuient déjà le projet (cf. encadré), tandis que des contacts sont prévus avec les départements romands de l'instruction publique.

Baptiste Lavie, lui, voit déjà plus loin: il prévoit d'autres tomes aux aventures des enfants dans l'univers de la science, avec des épisodes consacrés à la biologie ou encore à la robotique. Dans l'immédiat, le premier chapitre sera disponible dès le 25 novembre. Une date qui n'a pas été choisie au hasard, puisqu'elle coïncidera avec la fenêtre de lancement de CHEOPS, le premier télescope spatial suisse. Il aura la même mission que les astronomes de l'Unige et les héros de la BD: traquer les exoplanètes.

"On n'en pense que du bien"

L'alma mater genevoise ne cache pas son enthousiasme pour le projet. Il s'inscrit dans la droite ligne de la politique d'information aux jeunes générations que prône l'institution, explique-t-elle. De l'ouvrage et ses objectifs pédagogiques dans les écoles primaires, "on n'en pense que du bien!" conclut Marco Cattaneo, porte-parole de l'Unige. Celle-ci prévoit donc de soutenir et de faire connaître la démarche de ses astrophysiciens, via sa revue et les réseaux sociaux, notamment, tout en leur procurant une assistance logistique.

Financement pas encore bouclé

Une opération de crowdfunding est lancée depuis quelques jours pour réunir les fonds nécessaires à l'impression des ouvrages, "mais surtout pour parrainer le projet dans son entier", glisse son concepteur. Un montant d'environ 200'000 fr. permettrait de couvrir l'impression de la BD, ainsi que la mise en place des ateliers sur plusieurs années. Plus de la moitié de cette somme est déjà acquise, grâce au soutien du pôle national de recherche PlanetS, de la société Suisse d'astrophysique et d'astronomie, de la fondation privée Cogito et de la Loterie Romande.

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