Actualisé 06.08.2008 à 07:19

Un atelier protégé valaisan «emballe le luxe»

Dans une chorégraphie à quatre mains, Georges et Lindita plient, ajustent, en un mot façonnent un présentoir pour cosmétiques de luxe Valmont.

Tous deux travaillent au service cartonnage des ateliers protégés St-Hubert à Sion.

Valmont, mais aussi Chanel, Clarins, L'Oréal, Caran d'Ache. Autant de marques prestigieuses pour lesquelles les petites mains des ateliers sédunois de cartonnage, de sérigraphie ou de couture réalisent des coffrets, sacs, présentoirs et autres emballages.

«Un travail tout en finesse et minutie qui me plaît beaucoup. Ca me change des chantiers», explique Georges. Ancien maçon, l'homme de 50 ans est arrivé aux ateliers St-Hubert (ASTH) il y a trois ans, à la suite de problèmes physiques.

Aux ASTH, il travaille souvent en tandem avec Lindita. Le courant passe très bien avec cette jeune femme de 26 ans, qui a un léger retard de développement et travaille aux ateliers protégés depuis huit ans. Les gestes s'enchaînent, précis, parfaitement coordonnés.

Façonner des emballages de luxe, c'est le boulot qu'ils préfèrent. «Un travail valorisant, dont on voit parfois le fruit dans des vitrines ou des rues de Sion ou de Paris», relève Alain Roh, responsable de l'atelier cartonnage.

Collaborateur de Vuitton

Celui par qui le luxe est entré aux ateliers St-Hubert, c'est Philippe Gilbertas. Costume marine impeccable, cravate bleu à pois blancs sur chemise immaculée, l'homme évoque sa société et son parcours, le verbe mesuré et châtié.

Ce Français a quitté Paris pour le Valais en 2002 et y a créé Valberg SA, spécialisée en création et production de packaging de luxe. «Je connaissais ce canton par des amis; j'y apprécie la qualité de vie. La seule chose que je déplore, c'est qu'il n'y ait pas de liaison aérienne avec Paris».

Car Philippe Gilbertas, ancien collaborateur de François-Louis Vuitton, de la célèbre dynastie de maroquinier français, a ramené de sa carrière dans l'Hexagone son expérience, mais aussi sa clientèle.

«Mes clients sont extrêmement exigeants et je trouve aux ateliers St-Hubert qualité et souplesse», précise le patron de Valberg. C'est d'ailleurs lui qui est entré en contact avec les ateliers, il y a environ trois ans.

Les exigences du sur mesure

«Cela correspond à une démarche sociale et à ma volonté de défendre la production locale, mais aussi, je ne le cache pas, à une nécessité économique.» Car impossible pour Valberg de faire du sur mesure à des coûts abordables.

Aujourd'hui, ceux qui pratiquent le cartonnage ne le font plus qu'en quantité industrielle. «Et si j'avais dû assumer des salaires en propre, c'est bien simple, je ne pourrais plus vendre mes produits devenus trop chers. «

Délocaliser? «Je le fais pour la production de sacs papier en grande série, en accord avec mes clients et avec un partenaire que je fais régulièrement contrôler tant au niveau du respect des normes sociales que de production. Ces sacs sont réalisés en Asie avec des coûts divisés par cinq mais il faut admettre que la qualité est bien moindre.»

Pour Valberg, les ASTH ont façonné entre 2007 et 2008 quelque milliers de présentoirs et des dizaines de milliers de conditionnements très divers. De quoi occuper des employés des ateliers protégés tout au long de l'année.

Un atelier comme un autre

Murs blancs et sobres, sols en lino, machines modernes, odeurs de colle à chaud, d'encre ou de cartons: les ateliers St-Hubert ne se distinguent que par leurs employés. Des personnes avec un handicap physique, mental ou psychique.

Elles sont une centaine aux ateliers sédunois, mais plus de 300 à travailler pour la Fondation St-Hubert qui exploite également des ateliers à Granges, Martigny et Monthey. «Nous essayons d'attribuer à chaque personne un travail en rapport avec ses capacités de manière à la mettre en situation de réussite, ce qui va la valoriser et la faire progresser», explique Alain Roh.

Le rendement n'est pas la priorité, la qualité et la nature du travail, oui. Les clients le savent et en général adaptent leur commande en conséquence. Les employés, eux, ont l'air épanoui: «L'ambiance est super!», assurent en choeur Georges et Lindita. (ats)

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