Actualisé 12.01.2010 à 10:53

Iran

Un attentat tue un prof de l'université

Un scientifique nucléaire iranien de haut rang, Massoud Ali Mohammadi, a été tué mardi dans l'explosion d'une moto piégée près de son domicile de Téhéran, ont annoncé les autorités.

L'attentat a été attribué par la télévision d'Etat à Israël et aux Etats-Unis alors que l'Iran est sous pression de la communauté internationale pour sa politique nucléaire.

«Ce matin, le professeur Mohammadi était en train de monter dans sa voiture lorsqu'il a été tué par l'explosion de la moto qui était garée à côté», a expliqué le procureur général de Téhéran, Abbas Jafari Dolatabadi, cité par l'agence Isna. «Son corps a été transféré à la médecine légale et une enquête a été ouverte pour identifier les responsables et les motifs», a-t-il ajouté.

M. Mohammadi, âgé de 50 ans, était un «professeur dans le domaine de l'énergie nucléaire», a poursuivi le procureur. Selon l'agence Borna News, dépendant de l'agence officielle Irna, qui cite des «sources informées», M. Mohammadi était «un haut scientifique nucléaire du pays».

Plusieurs médias iraniens ont immédiatement accusé Israël, les Etats-unis et des éléments «contre-révolutionnaires» d'être à l'origine de cet attentat.

Moudjahidines accusés

«Des agents sionistes et américains ont placé cette bombe», a affirmé la télévision d'Etat. «Massoud Mohammadi était un professeur révolutionnaire et engagé qui est devenu martyr dans un attentat terroriste commis par des contre-révolutionnaires et les éléments de l'oppression mondiale», a-t-elle ajouté.

La chaîne de télévision officielle en arabe Al-Alam a estimé de son côté que, «compte tenu du type de l'explosion, l'attentat pourrait avoir été commis par les hypocrites (les Moudjahidines du peuple, ndlr)».

Le mode opératoire de cet attentat -l'explosion d'un véhicule piégé déclenché à distance, selon les médias- a été fréquemment employé par le mouvement d'opposition des Moudjahidines du peuple lors de la lutte contre le régime durant les premières années de la révolution islamique.

Positionnement pas clair

Le positionnement politique éventuel de la victime faisait mardi matin l'objet d'informations contradictoires. Selon Al-Alam, Massoud Mohammadi était un «professeur hezbollahi», terme désignant une personne engagée en faveur du pouvoir.

Plusieurs sites d'opposition ont toutefois relevé que M. Mohammadi avait, lors de l'élection présidentielle en juin, signé une pétition d'universitaires en faveur de Mir Hossein Moussavi, rival malheureux du président Mahmoud Ahmadinejad dont il est devenu le principal opposant.

Le président de la Faculté de Physique de l'université de Téhéran, Ali Moghari, a affirmé que Massoud Ali Mohammadi n'avait «aucune activité politique». «C'était un professeur de physique mondialement connu qui a publié plusieurs livres», a-t-il déclaré à l'agence Mehr.

Climat de contestation

Cet attentat intervient alors que l'Iran est menacé de sanctions internationales pour sa politique nucléaire, et notamment pour son refus de renoncer à l'enrichissement d'uranium dont les Occidentaux craignent qu'il ne vise à doter la République islamique de l'arme nucléaire.

Il intervient également dans un contexte politique très tendu, alors que le pouvoir a durement réprimé au cours des derniers mois l'opposition interne au régime, qui conteste la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad en juin.

Le 27 décembre, huit personnes ont été tuées lors de manifestations de l'opposition et plusieurs centaines d'autres ont été blessées ou arrêtées. Le pouvoir a mis en cause les pays occidentaux, Etats-Unis en tête, ainsi qu'Israël et les Moudjahidine du peuple, dans le cadre de ces violences.

(afp)

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