Actualisé 04.03.2013 à 08:08

Oui à l'initiative MinderUn avertissement à l'élite, pour la presse helvétique

Le plébiscite de l'initiative contre les salaires abusifs est considéré comme un avertissement lancé à l'élite économique mais aussi politique. Certains journaux le qualifient de «vote de protestation».

La nette acceptation de l'initiative Minder est «le triomphe d'un indigné», titre le quotidien «Le Temps». L'indigné étant Thomas Minder. «Son succès n'est pas une surprise mais son ampleur interpelle», écrit Pierre Veya. Pour le rédacteur en chef de ce journal, la majorité du Parlement porte une très lourde responsabilité pour avoir tergiversé plusieurs années et refusé un vrai contre-projet. Cette sévère défaite des milieux économiques démontre qu'ils perdent en influence directe.

Pour la «Tribune de Genève», l'organisation patronale Economiesuisse «s'est décrédibilisée par une campagne aussi bien dotée que mal menée, métaphore du dirgeant surpayé et peu efficient», écrit Pierre Ruetschi, rédacteur en chef. «L'économie suisse, la qualité de son management comme l'image du pays sortiront renforcées par ces dispositions contre les abus, aussi sèches soient-elles.»

Pour «24 Heures», le oui massif à l'initiative Minder reflète des problèmes de société, écrit Claude Ansermoz, rédacteur en chef adjoint. Même si certains voudraient pousser le bouchon plus loin, l'urgence est de concentrer sur les applications concrètes de ces textes «un vrai défi».

L'ampleur du succès «s'explique en bonne partie par le fait que l'initiative (Minder) venait de la droite libérale-nationale, que toute la gauche se devait de soutenir parce qu'elle restreignait de manière autoritaire les libertés de gouvernance et de management des multinationales», note François Schaller, rédacteur en chef de du quotidien «L'Agefi».

Ce revers d'economiesuisse est bien plus accentué que celui infligé lors du vote sur l'EEE en 1992. «A l'époque, l'organisation s'était ensuite assez vite remise en cause. Elle le fera sans doute également à cette occasion», analyse M. Schaller.

«Claque magistrale»

Pour le «Journal du Jura», Economiesuisse, les partis bourgeois et le Conseil fédéral ont reçu ce week-end une claque magistrale, observe Philippe Oudot. «Le résultat sans appel démontre à quel point ces milieux sont déconnectés des réalités quotidiennes des citoyens.»

La déferlante pro-Minder est une réaction démocratique à l'arrogance de certains top managers, attitude détestable qui a fini par révulser le pays entier, écrit Rémy Chételat dans son éditorial pour le «Quotidien jurassien».

En acceptant l'initiative Minder «l'ensemble du peuple suisse en sort grandi», écrit Contessa Pinon, rédactrice en chef du quotidien vaudois «La Côte». Il s'agit d'un vote sanction mais aussi un «vote du coeur» qui vise autant aux élites que l'establishment politique qui n'ont pas compris que le peuple demande un peu plus d'éthique dans les salaires du patronat.

Presse alémanique

Pour le «Tages Angzeiger, le vote reflète le sentiment d'une majorité pour qui les cadres supérieurs des entreprises pillent les coffres aux dépens de la société civile (...) Une productivité plus élevée résulte de tout le personnel. Dans son rôle de citoyen, ce dernier réclame maintenant un partage équitable de la réussite.

«24 à 0 pour Minder», écrit la «Neue Zürcher Zeitung». Le premier nombre fait écho aux nouvelles dispositions constitutionnelles, dont beaucoup sont utiles, d'autres nuisibles. Le second renvoie à l'incapacité de l'establishment politique et économique, à prendre au sérieux le malaise suscité par les salaires et bonus excessifs. Le quotidien conseille aux perdants une mise en oeuvre simple de l'initiative, tout en gardant le sens de la mesure.

Rester modeste

Les rois ont toujours été suspects pour la population de ce pays qui exige des chefs d'entreprise d'être modestes et d'avoir le sens des convenances, rappelle «Der Bund». Pour le quotidien bernois, le résultat du vote est un avertissement à l'élite économique, qui en fin de compte dispose dans ses mains de l'avenir de la croissance économique. (ats)

La Suisse «va vivre une vraie révolution»

En acceptant l'initiative Minder, la Suisse «va vivre une vraie révolution. Elle va devenir le champion du monde de la démocratie actionnariale», écrit sur son site le quotidien économique français Les Echos.

D'autres quotidiens français, tels «Libération», «Le Monde» ou «Le Figaro» ont placé le résultat de ce scrutin en tête de leurs sites respectifs. Ils valorisent des dépêches d'agence pour expliquer les grandes lignes de l'initiative, dont l'interdiction des parachutes dorés ou des primes de bienvenue.

Le résultat du scrutin suscite de très nombreux commentaires de lecteurs, plus de 500 par exemple sur le site de «Liberation» pour une trentaine sur celui du «Monde».

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