Un bar berlinois fait revivre l'époque de la Stasi
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Un bar berlinois fait revivre l'époque de la Stasi

Zur Firma, un bar à thème dédié à la redoutée Stasi, l'ancienne police secrète est-allemande, vient d'ouvrir ses portes à Berlin.

Le nom de ce nouvel établissement peut se traduire par «à la firme», une allusion au terme argotique utilisé pour désigner la Sécurité d'Etat. On peut y aller, commander un verre, et il n'est plus vraiment nécessaire de faire attention à ce qu'on dit...

Ce bar se trouve dans l'est de la capitale allemande, plus précisément dans le quartier de Lichtenberg, à quelques pâtés de maisons de l'ancien siège du ministère de la Sécurité d'Etat, qui recrutait des citoyens ordinaires pour qu'ils espionnent leurs amis et leurs voisins, et conservait des données sur de nombreux résidents est-allemands.

Le bar, constitué d'une seule pièce, est décoré avec de la fausse propagande communiste, des slogans («Viens à nous ou nous viendrons à toi», peut-on ainsi lire au-dessus de la porte), ainsi que des objets kitsch typiques de l'ex-Allemagne de l'Est. Sur une étagère, derrière le zinc, des petits soldats de l'époque communiste sont alignés.

Les clients peuvent siroter à petites gorgées du Wilthener, un schnapps toujours fabriqué dans l'est de l'Allemagne, ou ordonner un menu de la «cuisine est-allemande», incluant des saucisses et de la salade de pommes de terre.

Wolfgang Schmelz, 53 ans, qui a ouvert le bar le mois dernier avec son partenaire Wilfried Gau, explique qu'il espère capitaliser sur la fascination du passé compliqué de Berlin. Mais il a également dit que son intention n'était pas de braquer un projecteur sur les victimes de la Stasi, ni sur les souffrances suscitées par cette surveillance très rapprochée.

«C'est une sorte de satire», souligne Wolfgang Schmelz, en montrant une urne sur laquelle sont inscrites les lettres E.H. et les dates 1912-1994. Il s'agit des initiales, des dates de naissance et de décès d'Erich Honecker, qui a dirigé l'Allemagne de l'est pendant près de deux décennies, juste avant la chute du Mur de Berlin en 1989.

Le mur était le signe le plus visible de la séparation entre les deux blocs, quand l'Allemagne a été divisée en deux à la fin de la Seconde guerre mondiale, en 1945, la partie est passant sous influence communiste, la partie ouest sous influence occidentale.

En Allemagne de l'Est, la Stasi comptait 91.000 employés à plein temps et 180.000 informateurs secrets. Ensemble, ils ont exercé une surveillance sur les quelque 18 millions d'habitants vivant derrière une frontière fortifiée.

La Stasi a été démantelée après la chute du Mur fin 1989. Moins d'un an après, l'Allemagne était réunifiée.

Ce bar est la dernière attraction dite «Ostalgie» à Berlin, un label qui combine les mots allemands «est» et «nostalgie». L'an dernier, dans le même esprit, un hôtel a ouvert ses portes donnant à ses clients un goût de la vie sous le régime communiste, avec des objets d'époque et un décor rappelant l'ancienne Allemagne de l'Est.

Le thème de ce nouveau bistrot fait toutefois grincer quelques dents: Joerg Drieselmann, directeur du musée de la Stasi qui occupe désormais l'ancien siège de l'agence, dit s'inquiéter d'une approche de l'histoire aussi désinvolte.

«Les propriétaires donnent une vision très incomplète de la manière dont travaillait le ministère de la Sécurité intérieure», déplore-t-il.

Mais Klaus Krüger, 66 ans, un ancien résident est-allemand qui a bu une bière à Zur Firma mercredi, dit avoir apprécié les efforts de M. Schmelz pour mettre en lumière de manière humoristique l'oppression exercée par la Stasi. Et M. Krüger a une bonne raison d'éprouver du ressentiment à l'égard de la Stasi.

Il raconte qu'en 1963, il a essayé de fuir l'Allemagne de l'Est, mais il a été arrêté par des agents de la Stasi avant de pouvoir mettre son projet à exécution. En 2004, 15 ans après la chute du Mur, il a consulté les volumineuses archives de la Stasi et il a lu le dossier que la police avait constitué sur lui.

«Un très proche voisin, un concitoyen, les a renseignés», explique-t-il. «Je me suis assis, j'ai lu tout ça dans les archives, puis je suis rentré chez moi et j'ai pleuré.»

Il pense toutefois que ce bar peut aider les jeunes à en savoir plus sur leur passé. «C'est bien pour les jeunes de voir comment c'était», observe-t-il. «Les enfants oublient. Ou bien ils ne savent pas à quel point nous étions opprimés.» (ap)

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