Fête nationale: «Un beau coup marketing»!
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Fête nationale«Un beau coup marketing»!

Rien n'a été fondé le 1er août 1291: «Ce texte qu'on célèbre est tout à fait banal», déclare l'historien suisse François Walter.

La Fête nationale était une façon pour les radicaux de l^époque de «légitimer leur pouvoir».

La Fête nationale était une façon pour les radicaux de l^époque de «légitimer leur pouvoir».

Alors que les Suisses s'apprêtent à célébrer le 1er Août, l'historien François Walter rappelle que cette date n'a été décrétée Fête nationale qu'en 1899 et qu'elle a permis aux radicaux d'alors «de légitimer leur pouvoir». Un vrai «coup marketing».

«Cette fête a été inventée par les radicaux, qui dirigeaient à l'époque la Suisse après l'avoir fondée en 1848. La Suisse du radicalisme devenait alors l'aboutissement parfait d'une très longue histoire. Une façon géniale de légitimer leur pouvoir», explique François Walter dans les colonnes du «Matin Dimanche».

Car de fait, le traité du 1er août 1291, «qui est dans l'esprit des gens la date de la fondation de la Confédération», n'est qu'un «texte banal, comme il en a existé une quantité d'autres à l'époque» et qui définissait un certain nombre de mesures pour assurer la sécurité dans la région. «Il n'y avait là aucune volonté de former un Etat et encore moins de se révolter, comme on le dit, contre les Habsbourg», souligne François Walter.

Ce n'est qu'au 19e siècle, qu'»on a voulu avoir un moment de célébration pour l'ensemble du pays, avoir notre fête nationale comme les autres pays. On a cherché et opportunément trouvé ce texte», relate l'auteur de «La Suisse au-delà du paysage».

Bon communicants

De manière plus générale, l'historien souligne la manière dont les Suisses ont réussi au cours des siècles à transformer les images négatives à leur sujet en images positives. Par exemple, la réputation des Suisses au 14e siècle était celle de paysans grossiers et violents. «Une image qu'ils ont su retourner en mettant en avant celle de la montagne, de la liberté, de la vie saine, à l'abri de la corruption des villes», raconte François Walter.

Une pratique qui continue aujourd'hui: la Suisse s'efforce de rappeler qu'elle n'est pas une grande puissance, ce qui pourrait ne pas être bien apprécié par ses voisins, alors que d'un point de vue financier, elle l'est bel et bien, souligne l'historien.

Peuple élu

Autre spécificité helvétique selon François Walter, «l'insistance à se considérer comme un peuple particulier, élu de Dieu, comme le peuple hébreu de la Bible. Même si tous les pays du monde à un moment de leur histoire se sont considérés comme ayant un destin singulier et ayant bénéficié de faveurs particulières de Dieu, dans la conscience identitaire helvétique, cette image est très importante». (ats)

La Suisse au-delà du paysage, de François Walter, Découvertes Gallimard.

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