Genève: «Un boxeur professionnel qui sait placer ses coups»

Actualisé

Genève«Un boxeur professionnel qui sait placer ses coups»

Le Ministère public estime que le videur du Rooftop 42 qui a agressé et tué un père de famille n'avait aucune excuse. Il requiert 10 ans de prison.

par
Marine Guillain
Le Tribunal correctionnel se penche sur l'affaire d'une violente agression, ayant entraîné la mort. (Photo d'illustration)

Le Tribunal correctionnel se penche sur l'affaire d'une violente agression, ayant entraîné la mort. (Photo d'illustration)

Keystone

Tout le monde a-t-il vu la même vidéo? Car les caméras de surveillance ont presque tout filmé de la soirée tragique du 25 septembre 2015. Filmé Thomas* et ses amis à une table du Rooftop 42. Filmé Daniel*, agent de sécurité, demander au père de famille de quitter les lieux. Filmé les deux hommes sortir de l'ascenseur, les coups fuser, Thomas s'écrouler au sol, inconscient.

Sur la vidéo, la procureure Judith Levy Owczarczak voit une victime tentant de fuir et de se protéger des coups, et un agresseur qui revient à la charge trois fois. «Ses coups sont d'une telle brutalité qu'il se blesse lui-même, a-t-elle asséné mardi au tribunal. C'était un déferlement de violence gratuite qui a mené la victime à une lente agonie (neuf mois de coma, ndlr) jusqu'à sa mort». Elle a requis 10 ans de prison pour meurtre contre ce «boxeur professionnel, qui sait exactement où placer les coups et s'est accommodé d'une éventuelle issue fatale».

Les avocats de la victime ont appuyé le point de vue de la procureure. Tous ont rappelé les antécédents du prévenu: des coups mis à un client dans un autre bar et à l'adjoint d'un maire, un crachat sur l'ex boss du Rooftop. Antécédents desquels il n'a rien appris selon eux. «Il est persuadé de n'avoir fait aucune erreur! déplore Me Alec Reymond. Ces regrets murmurés en audience? Des larmes de crocodile!»

Défenseur de l'accusé, Me Simon Ntah voit quant à lui sur la vidéo, un client très énervé et agité qui provoque, et un videur patient qui veut juste le calmer: «Il ne l'a pas frappé au sol alors qu'il aurait pu, s'il avait voulu le tuer. Et il a mis les coups avec sa main gauche, sa main faible.» L'avocat a cité des arrêts de cas proches où les agresseurs ont été jugés pour lésions corporelles et non pour homicide. Pour lui, son client a fait preuve d'un repentir sincère et a largement payé les conséquences de ce qu'il a fait. Me Ntah a plaidé les lésions corporelles simples et a demandé une peine compatible avec une remise en liberté immédiate. Verdict jeudi.

*Prénoms d'emprunt

Un prévenu «incapable de vouloir faire du mal»

Un prévenu «incapable de vouloir faire du mal»

Sept témoins se sont succédé à la barre mardi matin. Quatre personnes présentes au moment des faits (trois videurs et un client) ont dit que la victime était tombée directement après le dernier coup, alors que le Tribunal s'interrogeait de savoir si Daniel avait encore poussé sa victime au sol après l'avoir frappée. Deux amis et la compagne du prévenu ont ensuite venté les qualités de celui qu'ils connaissent de longue date: un homme «gentil, travailleur, respectueux et incapable de vouloir faire du mal».

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