Actualisé 26.09.2018 à 04:48

Démission de Schneider-Ammann

Un capitaine d'industrie plus qu'un homme d'Etat

Le ministre bernois n'a jamais été à l'aise dans son costume de chef de l'économie. Il a réussi à se fâcher avec les paysans et les syndicats.

Capitaine d'industrie plus qu'homme d'Etat, Johann Schneider-Ammann, 66 ans, n'a jamais été à l'aise dans son costume de ministre de l'économie. Lors de son mandat, il a réussi à se fâcher avec les paysans et les syndicats. Son année présidentielle en 2016 reste marquée par les rires suscités malgré lui par ce piètre orateur.

Plus à l'aise lors de ses missions économiques à l'étranger que devant le Parlement, le libéral-radical semblait fatigué depuis mois émaillés de nombreux conflits et de problèmes de communication.

Le ministre de l'«industrie», comme l'ont surnommé certains UDC, a dès son arrivée au gouvernement en 2010, eu de la peine à tisser des liens avec les paysans. Sa politique agricole 2014-2017 a été fortement contestée tout comme les mesures d'économies pour la période de 2018 à 2021.

La réforme à venir, présentée fin novembre 2017, a fait monter au créneau l'Union suisse des paysans, opposée à la réduction de la protection douanière et à l'intensification des accords de libre-échange, notamment avec le Mercosur.

Syndicats fâchés

Cet été, ce sont les syndicats qui lui ont tourné le dos. Dans la torpeur estivale, ils ont annoncé qu'ils boycottaient les discussions sur les mesures d'accompagnement, principal point d'achoppement des négociations sur un accord-cadre avec l'UE.

Toujours au chapitre de l'Union européenne, ses détracteurs lui ont reproché de ne pas s'être davantage engagé en faveur du maintien des accords bilatéraux avant la votation sur l'initiative contre l'immigration de masse en février 2014.

Le libéral-radical avait fini par lâcher un peu de lest sur des mesures d'accompagnement contre le dumping salarial. Pas question pour autant de s'accrocher à ce bouclier sacré comme l'ont exigé cet été les syndicats pour la négociation de l'accord-cadre avec l'UE.

Malencontreux malentendus

Dépourvu de charisme et maladroit, le Bernois a aussi froissé les travailleurs en évoquant un recours aux baisses de salaires pour compenser la cherté de la devise helvétique. Il s'était rétracté en assurant qu'on l'avait mal compris.

Les milieux universitaires se sont eux effarouchés après l'avoir entendu assurer que plus les détenteurs de maturité sont nombreux, plus le taux de chômage est élevé. Et cela au moment où, en 2013, son département a intégré le secteur des hautes écoles, devenant celui de l'économie, de la formation et de la recherche.

Passivité

La politique du Bernois a consisté à multiplier les déclarations et les apparitions publiques, sans grande décision à la clé. Cette passivité lui a valu nombre de critiques également dans les rangs de la droite. La crise du franc fort l'a ainsi pris de court.

En 2011, après avoir longtemps rechigné à intervenir, le ministre de l'économie a fini par céder aux pressions des branches exportatrices en ficelant un paquet de soutien, à l'encontre de son credo libéral. Il a cependant dû revoir ses ambitions à la baisse: des deux milliards de francs annoncés en fanfare, il n'est resté à la fin qu'un paquet pesant moins de 870 millions.

Sa marche arrière, reléguée ensuite au rang d'erreur de communication, a marqué les esprits. Tout comme son refus de condamner les suppressions d'emplois massives qui ont frappé la Suisse.

Après l'abandon du taux plancher de l'euro en janvier 2015, le libéral-radical a une nouvelle fois décidé de ne pas intervenir. Seule concession, il a facilité le recours au chômage partiel pour les entreprises en difficulté temporaire.

Revers...

Au Parlement, Johann Schneider-Ammann a parfois eu de la peine à vendre ses projets. Les Chambres fédérales ont ainsi coulé sa révision de la loi sur les cartels, censée lutter contre la cherté du franc et les ententes illicites entre fournisseurs et distributeurs. Il a aussi essuyé un revers dans sa stratégie pas à pas face à l'Union européenne pour sauver la recherche.

Sa communication lui a joué des tours lors de son année présidentielle en 2016. Symbole de son malaise face aux médias et de ses difficultés dans l'art oratoire, la fameuse allocution du président de la Confédération à l'occasion de la journée des malades restera dans les mémoires.

D'un air lugubre et sur un ton mécanique, il a déclaré: «Le rire, c'est bon pour la santé!». Ainsi encouragés, ses concitoyens et même des commentateurs étrangers - de Paris à Washington - s'en sont donné à coeur joie.

...et succès

Restent quelques succès à relever. Une de ses plus grandes fiertés est la conclusion d'un accord de libre-échange avec la Chine, en vigueur depuis juillet 2014. Johann Schneider-Ammann a également apprécié les voyages à l'étranger avec des délégations économiques ou les rencontres avec les patrons.

Il peut se féliciter de n'avoir perdu aucune votation populaire, sauf pour le prix unique du livre. Mais le Conseil fédéral avait alors été obligé de défendre un projet concocté par le Parlement.

Accusations

Avant d'entrer au Conseil fédéral, le sexagénaire a siégé durant onze ans au Conseil national. A la tête d'un empire industriel, il a remis ses actions à ses deux enfants avant de devenir conseiller fédéral. Fils d'un vétérinaire emmentalois, l'ingénieur Johann Schneider a rejoint le groupe de son beau-père Ulrich Ammann, à Langenthal (BE), au début des années 1980.

Rattrapé par son passé de patron du groupe de machines Ammann, le Bernois a fait le gros dos durant tout 2014. Après la campagne l'accusant d'avoir usé et abusé des possibilités d'optimisation fiscale au Luxembourg et à Jersey, il a été blanchi par les autorités bernoises. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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