Genève: Un centre social pour les toxicomanes
Actualisé

GenèveUn centre social pour les toxicomanes

A Genève, le conseiller d'Etat Mauro Poggia soutient la création d'un centre de jour pour les usagers de drogue.

Le chef du département des affaires sociales et de la santé (DEAS) mise sur la réinsertion sociale des toxicomanes en plus de l'offre sanitaire du Quai 9.

«On ne peut pas se contenter de leur donner des seringues propres et de les relâcher dans la nature», indique à l'ats M.Poggia. «Si on veut les sortir de leur dépendance, il faut un encadrement social», affirme l'élu du Mouvement Citoyens genevois (MCG).

Dans une interview publiée dans le journal «Réduire les risques» édité par Première ligne, l'association genevoise de réduction des risques liés aux drogues, il soutient la création d'«une antenne d'insertion socio-professionnelle» en complément de «l'encadrement sanitaire exemplaire» du Quai 9. Il évoque un lieu de rencontre pour éviter que les toxicomanes ne zonent.

Le projet n'en est qu'à ses prémices, mais il mise sur «des délais très raisonnables«pour sa réalisation en collaboration avec l'association Première ligne. L'emplacement choisi ne devrait pas être très loin du Quai 9. «Il n'est pas question de cacher les consommateurs de drogue, mais juste leur donner les moyens de s'en sortir», souligne M.Poggia.

«Le parent pauvre»

Pour Martine Baudin, directrice de Première ligne, le volet social est le parent pauvre de la politique de réduction des risques développée à Genève. L'accès à un logement stable, à un travail, à une vie sociale et à des loisirs notamment est primordial, affirme-t-elle.

La création d'une antenne d'insertion socio-professionnelle s'inscrit dans cette logique. Si l'aspect social est en retrait, la prise en charge sanitaire a fait ses preuves. Il n'y a plus de transmission du VIH par voie intraveineuse à Genève, relève Mme Baudin. Les abcès et les overdoses mortelles sont aussi en régression.

150 consommations quotidiennes

Le Quai 9, géré par Première ligne, propose un espace d'accueil et de consommation pour les usagers de drogues. Ouvert tous les jours de 11h à 19h, le centre est situé derrière la gare Cornavin. Des modules verts emboîtés les uns dans les autres sont facilement repérables.

Ouvert en 2001, le Quai 9 accueille environ 60 à 80 personnes par jour pour environ 150 prises de drogue par injection, par inhalation ou par sniff. Quatre collaborateurs sont présents pour accueillir et encadrer les utilisateurs. Le lieu met à disposition du matériel stérile et une salle pour des consommations à moindre risque.

Une motion pour débattre

Près d'une année après son entrée en fonction, Mauro Poggia semble avoir mûri sa réflexion par rapport à cette structure pionnière en Europe. En 2011, il signait en tant que député une motion qui demandait le déplacement du Quai 9.

Les motionnaires, des députés MCG et UDC, fustigeaient l'emplacement de cette structure qui «dérange les citoyens». Ils craignaient aussi un «afflux massif de toxicomanes étrangers».

M.Poggia a-t-il retourné sa veste? «Pas du tout», explique-t-il. Une motion a le mérite de poser une problématique. La signer signifie simplement que le sujet doit être au moins débattu, poursuit le conseiller d'Etat. Après de vives discussions en janvier 2012, le Grand Conseil n'avait pas donné suite à cette motion. (ats)

Ton opinion