Actualisé 27.11.2014 à 16:04

Suisse

Un congé parental d'un an et demi pour tous?

La conseillère nationale verte Aline Trede (BE) veut appliquer le modèle suédois en matière de congé après une naissance. Une idée critiquée.

de
Jacqueline Büchi/dmz
La députée est mère d'un enfant.

La députée est mère d'un enfant.

Lorsqu'un bébé vient au monde en Suède, ses parents (père et mère) bénéficient de 480 jours de congé parental, qu'ils se partagent à leur convenance. Seule obligation, le papa doit bénéficier d'au moins 60 jours non travaillés. En Suisse, seules les femmes ont droit à un congé maternité de 98 jours minimum. Les hommes bénéficient en général d'au moins un jour, comme lors d'un déménagement ou d'un décès. Mais aucune loi n'oblige l'employeur à lui accorder du temps pour profiter de son nourrisson fraîchement arrivé.

Pour la députée fédérale bernoise Aline Trede (Les Verts), la situation doit changer. Elle va déposer une motion, lors de la session en cours. Son modèle est inspiré de celui de nos cousins du Nord. L'idée: un congé parental d'un an et demi, dont 6 mois minimum pour le père. «C'est le seul moyen, à mon sens, d'avoir un système égalitaire et d'augmenter le potentiel des femmes dans l'économie», déclare-t-elle. Il serait financé, comme c'est le cas actuellement, par les caisses de compensation (APG). Combien coûterait-il? Mystère. Mais des estimations en 2010 parlaient de 1,1 milliard par an pour un congé de 18 mois.

Le congé parental augmente les performances

L'élue estime que, malgré une facture qui pourrait être élevée, un congé parental de longue durée n'a que des avantages: «Si les femmes parviennent à mieux combiner vie familiale et professionnelle, elles auront tendance à plus volontiers revenir travailler.» En outre, sa proposition correspond à une vraie demande sociale: «La plupart des pères aimeraient bien pouvoir profiter de leurs enfants plus souvent que le week-end», explique-t-elle.

La question est de plus en plus actuelle. Lors de la session des jeunes, mi-novembre, les politiciens en herbe se sont prononcés en faveur d'un congé de six mois. Et la Commission fédérale pour les questions féminines, dans son rapport publié fin octobre, a conclu que ce type d'initiative peut réunir une majorité. Selon elle, seule l'UDC risque de freiner des quatre fers, par principe. Jusqu'ici, toutes les tentatives se sont heurtées au refus du Parlement. De plus, deux propositions, moins révolutionnaires, doivent encore y être étudiées.

Fractionner le congé maternité?

Martin Candinas (PDC/GR) a déposé en mars une initiative parlementaire qui demande l'introduction d'un congé paternité de deux semaines, payé par l'APG. Et il en est convaincu: «Les parents ont besoin de temps pour s'adapter à l'arrivée d'un nourrisson. Nous devons leur offrir ce temps. Notamment parce que les rôles entre hommes et femmes dans la famille ne sont plus les mêmes que par le passé.» Il rejette toutefois l'idée de sa collègue bernoise, qu'il juge «extrême et irréaliste». Seul point positif, cette motion pourrait donner du crédit à sa proposition, plus «tempérée».

De son côté, Andrea Caroni (PLR/AR) demande que les 14 semaines du congé maternité actuel puissent être partagées entre le père et la mère. Cela sans augmenter les coûts. «Quand Aline Trede fait rimer congé parental avec des vacances de presque deux ans, elle fait du mal à la cause.» De plus, cela créerait une injustice pour ceux qui n'ont pas d'enfants, estime le conseiller national.

Aline Trede ne comprend pas les critiques de ses collègues: «La Suède a démontré que son modèle fonctionne. Et pour avoir assez de temps pour la famille, il faut plus que deux semaines de congé ou qu'un fractionnement. Mais il est clair que tout changement, même le moindre, est bienvenu.»

En retard sur l'Europe

La Suisse fait figure d'exception européenne en matière de congé parental. L'Union européenne (UE) l'a gravé dans le marbre, obligeant ses membres à accorder au moins quatre mois à la mère et au père, souvent en plus du congé maternité traditionnel.

En France, en Allemagne ou encore en Estonie, sa durée peut aller jusqu'à trois ans. Alors que la Belgique, la Croatie ou la Grèce s'en tiennent au minimum. Dans certains pays, il est toutefois très peu attractif financièrement. La Grèce, l'Irlande ou le Royaume-Uni ont même renoncé à toute rémunération.

Dans de nombreux pays, le congé est également transférable entre la mère et le père. Le règlement de l'UE oblige néanmoins homme et femme à s'arrêter au moins un mois.

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