Actualisé 27.12.2013 à 14:52

Liban

Un conseiller de l'ex-Premier ministre tué

Mohammad Chatah, proche conseiller de l'ex-Premier ministre libanais Saad Hariri qui est le chef de la coalition hostile au régime syrien, a été tué dans un attentat à Beyrouth.

Saad Hariri, qui dirige la coalition dite du 14 mars, a mis en cause le Hezbollah dans cet attentat qui a fait cinq autres morts, dont le chauffeur de M. Chatah, et plus de 50 blessés, selon le ministère de la Santé. Mohammad Chatah est la neuvième personnalité libanaise critique du régime syrien et du Hezbollah à être assassinée depuis 2005. «Le terrorisme frappe de nouveau le Liban», a titré la télévision Future TV, qui appartient à la famille Hariri.

Le président français François Hollande a condamné le «lâche attentat», tandis que le président de la République Michel Sleimane et le Premier ministre sortant Najib Miqati ont tous deux salué en M. Chatah une «personnalité modérée». L'ambassadeur de France, Patrice Paoli, qui a qualifié M. Chatah d'«ami personnel», ainsi que les ambassadeurs des Etats-Unis et de Grande-Bretagne, trois pays qui soutiennent la coalition du 14 mars, se sont rendus sur le lieu de l'attentat.

La puissante explosion, ressentie à travers la capitale libanaise, a dévasté une des artères du centre-ville, très fréquenté notamment le soir en cette période de fêtes. Le procureur général, Samir Hammoud, a fait état d'une charge explosive de 50 à 60 kg. Des journalistes de l'AFP ont vu au moins quatre cadavres dans la rue, du sang sur les trottoirs, des voitures calcinées et une dizaine d'immeubles à la devanture dévastée, alors que le centre-ville est considéré comme l'une des zones les plus sécurisées de Beyrouth. Des touristes ont été vus quitter, bagages à la main, leurs hôtels du front de mer, près du centre.

Tutelle exercée pendant 30 ans

M. Chatah, 62 ans, également ex-ministre des Finances et ancien ambassadeur à Washington, se dirigeait au moment de l'explosion vers la maison de Saad Hariri, où devait se tenir à 09H30 (07H30 GMT) une réunion de la sa coalition. Marié et père de deux enfants, M. Chatah était considéré comme le représentant au Liban de M. Hariri qui, pour des raisons de sécurité, ne vit plus au Liban depuis 2011. Dans son dernier tweet, une heure avant sa mort, il s'en prenait au Hezbollah, l'accusant de faire le jeu du régime syrien au Liban, où Damas a exercé une tutelle pendant 30 ans.

«Le Hezbollah fait pression pour qu'il obtienne des prérogatives en matière de sécurité et de politique étrangères semblables à celles exercés par le régime syrien» pendant la période de tutelle, avait-il écrit. Le Hezbollah est accusé par la coalition du 14 mars d'utiliser son puissant arsenal comme moyen de pression pour imposer sa volonté dans le pays.

Sur les lieux de l'attentat, des Libanais exprimaient leur ras-le-bol des attentats à répétition et des violences liées à la Syrie. «Tout est lié à la Syrie. Il n'y a pas d'avenir, si je pouvais quitter le pays avec ma femme et mes enfants, je le ferais», lance Ziad, 37 ans, qui travaille dans la rue où a eu lieu l'attaque. Beyrouth a déjà été frappé par plusieurs attentats depuis l'été qui visaient pour la plupart des bastions du mouvement chiite Hezbollah, dont les hommes combattent les rebelles syriens aux côtés de l'armée du président Bachar al-Assad.

Le dernier en date remonte au 19 novembre lorsqu'un double attentat suicide revendiqué par un groupe lié à Al-Qaïda avait visé l'ambassade d'Iran, un allié de Damas, dans un fief du Hezbollah à Beyrouth faisant 25 morts. Le 23 août, un double attentat à la voiture piégée contre deux mosquées sunnites avait fait 45 morts à Tripoli, la grande ville du nord du Liban.

«Pour nous, les accusés sont (...) les mêmes qui se dérobent à la justice internationale, ceux qui refusent de comparaître devant le tribunal international», a indiqué Saad Hariri dans un communiqué en référence au Tribunal spécial pour le Liban (TSL) en charge d'identifier et de juger les responsables de l'assassinat en 2005 de son père, le dirigeant Rafic Hariri.

Le procès des responsables présumés de cet assassinat doit débuter le 16 janvier 2014.

(afp)

Damas nie toute implication

Le régime syrien a démenti vendredi toute implication dans l'attentat à Beyrouth qui a coûté la vie à un homme politique libanais hostile à Damas, rejetant les accusations lancées par le camp de la victime. «Ces accusations arbitraires et sans discernement émanent de haines politiques», a affirmé le ministre syrien de l'Information Omrane al-Zohbi, cité par l'agence officielle Sana.

«Certaines personnalités au Liban n'ont jamais cessé d'accuser (le pouvoir à Damas) à chaque fois qu'un assassinat douloureux se produit dans le pays frère qu'est le Liban», a poursuivi le ministre, en allusion à la coalition libanaise hostile à Damas dite du 14 mars. Celle-ci a mis en cause le régime syrien et son allié, le Hezbollah chiite, dans l'attentat qui a coûté la vie vendredi à l'un de ses membres, Mohammad Chatah, proche conseiller du chef de cette coalition, Saad Hariri

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