Malawi: Un couple «homo» risque 14 ans de prison

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MalawiUn couple «homo» risque 14 ans de prison

Un couple d'homosexuels a été déclaré coupable d'actes contre nature et d'indécence grave mardi au Malawi.

Les deux hommes, arrêtés fin décembre dernier alors qu'ils célébraient leur union, risquent jusqu'à 14 ans de prison, selon le juge. Le verdict devrait tomber jeudi.

Le cas de Steven Monjeza, 26 ans, et Tiwonge Chimbalanga, 20 ans, a déclenché de vives protestations dans le monde entier, mais le juge Nyakwawa Usiwa de Blantyre a appliqué une loi datant de 1940 mais toujours en vigueur dans ce pays très conservateur.

Le couple avait été arrêté le 27 décembre au lendemain de la fête organisée dans un hôtel pour marquer leur engagement mutuel, qui avait attiré des curieux venus les insulter pour la plupart. Une foule nombreuse a d'ailleurs assisté au procès pour se moquer d'eux aussi.

Les homosexuels s'affichent rarement en public en Afrique, l'homosexualité étant largement un sujet tabou. La légalisation du mariage homosexuel en Afrique du Sud reste ainsi très critiquée par les pays voisins et des lesbiennes ont été violées par des groupes.

Le gouvernement, soutenu par les responsables religieux, a déclaré que le couple avait sans conteste enfreint la loi. Les autorités religieuses considèrent l'homosexualité comme un péché et accusent l'Occident d'utiliser sa puissance financière pour forcer le Malawi à l'accepter. Ce pays du sud de l'Afrique dépend en effet de l'aide internationale à hauteur de 40% de son budget de développement.

Selon un militant des droits des homosexuels au Malawi, Undule Mwakasungula, les deux jeunes gens avaient décidé d'officialiser leur union de leur propre chef, sans intention politique. Avant le verdict, ils ont dits craindre de se faire attaquer par des gens qui les avaient menacés s'ils étaient acquittés.

La controverse et son écho à l'étranger ont cependant donné des forces à certains militants du Malawi. Le Centre pour le développement des personnes s'est récemment créé afin de défendre les droits des homosexuels et autres minorités.

Pour Michaela Clayton, de l'organisation de lutte contre le VIH/SIDA en Afrique méridionale AIDS & Rights Alliance for Southern Africa, basée en Namibie, le verdict de mardi pourrait encourager l'homophobie dans toute la région et nuire également à la lutte contre le VIH/SIDA, car des gays forcés de se cacher n'oseront pas consulter. On estime qu'un million de personnes, soit environ 12% de la population, sont porteurs du virus du SIDA au Malawi.

Les pratiques homosexuelles sont illégales dans au moins 37 pays d'Afrique. En Ouganda, le Parlement étudie un projet de loi qui permettrait de condamner les homosexuels à la prison à perpétuité, voire à la peine de mort en cas de «récidive». (ap)

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