Actualisé 23.03.2020 à 12:39

Loi sur le travail

Un couteau planté dans le dos des soignants

Alors que le Conseil fédéral refuse le confinement, il annule des dispositions légales qui protégeaient le personnel hospitalier.

de
Pauline Rumpf
Les images de soignants épuisés en Italie provoquent l'anxiété du personnel suisse.

Les images de soignants épuisés en Italie provoquent l'anxiété du personnel suisse.

AFP

Finie la semaine de travail légale à 50h. Finie la limite des heures sup poussant à 60h hebdomadaires. Le Conseil fédéral a décidé vendredi de suspendre les dispositions de la loi sur le temps de travail et de repos, pour rendre les soignants plus disponibles. L'ordonnance, très floue, rend les employeurs responsables de protéger la santé de leurs employés. Elle n'a été ni discutée avec les partenaires sociaux ni annoncée en conférence de presse, relève le syndicat SSP, qui demande son retrait.

La mesure est très mal perçue de nombreux soignants placés en première ligne. «Évidemment, on est ultramotivés à fournir cet effort, assure une médecin assistante. Mais perdre notre filet de protection ajoute au stress et à l'angoisse de beaucoup d'entre nous. On a des limites physiques, c'est important qu'on reste détendus et alertes face aux malades.» Secrétaire centrale au SSP, Beatriz Rosende abonde: «Mieux vaut moins de soignants mieux reposés, l'inverse est dangereux pour tout le monde.»

L'annonce passe d'autant plus mal que nombre de médecins demandent ardemment que soit décrété le confinement total. «On fait de notre mieux, mais ça ne suit pas, rage un jeune médecin. C'est injuste de nous faire assumer cette responsabilité.» Sa confrère renchérit: «On n'est pas aidés! Le message n'est pas clair, donc incompris. Même des patients testés positifs vont promener leur chien et mangent avec leur famille...»

Creux de la vague

Les hôpitaux ne sont pas encore surchargés, assurent les autorités des différents cantons. Dans plusieurs établissements romands, la situation est même étonnamment calme. «Les gens ont compris qu'il ne fallait pas venir pour rien, ou commencent par appeler», décrit une médecin assistante. Les plans de travail sont déjà réorganisés et renforcés, mais les patients commencent à peine à arriver. Difficile de dire quand la saturation sera atteinte. «Mais elle le sera, c'est sûr.»

L'économie avant la santé du peuple?

L'économie a pesé lourd dans la décision de ne pas imposer un confinement total, selon le «SonntagsBlick». La faîtière ÉconomieSuisse aurait en effet pratiqué un lobbying actif pour l'éviter. Sa présidente, Monika Rühl, ne commente pas, mais met en garde contre les conséquences d'une paralysie totale. «Blick» établit aussi les positions des conseillers fédéraux: seuls Berset et Keller-Sutter seraient pour, face à Maurer suivi par Parmelin.

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