Un défi logistique antidopage
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Un défi logistique antidopage

L'Union cycliste internationale (UCI) a lancé une course contre-la-montre pour établir en hâte le passeport sanguin de près de 700 coureurs au premier semestre 2008...

Un défi logistique imposé aux autorités antidopage par les séquelles du dernier Tour de France.

Le sommet de Paris, convoqué fin octobre au chevet du cyclisme, a accouché du passeport sans en régler le moindre détail, tant sur le plan philosophique qu'opérationnel, sinon lui donner vie à partir du 1er janvier 2008 et le rendre obligatoire pour tous les coureurs postulant au départ du prochain Tour.

En coulisses, derrière la poignée de main entre Pat McQuaid et Dick Pound, présidents ennemis de l'UCI et de l'Agence mondiale antidopage (AMA), les experts s'affrontaient déjà sur des sujets aussi divers que la fonction répressive du passeport, les paramètres sanguins à prendre en compte, le nombre des prélèvements à effectuer ou la nécessité d'une période probatoire.

Deux mois et deux réunions du groupe de travail (neuf experts de l'UCI, de l'AMA et du ministère français de la Santé, Jeunesse et Sports) plus tard, «le consensus est presque atteint» selon Anne Gripper, responsable antidopage de l'UCI.

ADAMS contre les Rasmussen

Au delà d'une unanimité que l'on imagine fragile, l'aspect opérationnel laisse rêveur. Avant le Tour de France 2008 qui démarre le 5 juillet, l'UCI va récolter, analyser et mettre en courbe 4200 échantillons sanguins (6 sur chacun des 500 coureurs du Pro Tour et 200 des équipes Continental Pro éligibles pour le Tour), soit ... 3700 de plus qu'en 2007. Et sur l'ensemble de 2008, l'UCI veut tester 12 fois ses coureurs, soit 8400 prélèvements.

Pour les pratiquer dans des conditions satisfaisantes -lors de contrôles inopinés, hors compétition, à des heures stables (aux alentours de 7h00 du matin)-, l'UCI devra posséder toutes les informations concernant la localisation et l'emploi du temps des coureurs, les fameux «whereabouts» que tout cycliste professionnel est désormais contraint de fournir, et de respecter, sous peine d'être sanctionné.

A quelques jours du début de la collecte, Anne Gripper avouait avoir du mal à obtenir les informations des 700 coureurs du groupe cible «route» de l'UCI malgré la récente adoption du logiciel ADAMS fourni par l'AMA et le doublement programmé du personnel antidopage de l'UCI -de 6 à 11 personnes. ADAMS, qui sera à terme celui de toutes les organisations antidopage nationales, devrait éviter les cafouillages qui ont permis au Danois Michael Rasmussen de prendre le départ du Tour de France 2007 malgré plusieurs contrôles manqués.

Financement nébuleux

Une fois la localisation des 700 coureurs connue, il faudra encore à l'UCI trouver, et rémunérer, les préleveurs chargés de pister les coureurs dans le monde entier. Là encore, le défi est de taille puisque le financement du passeport reste nébuleux. Estimé à 6 millions d'euros, contre 1 million pour le programme antidopage 2007, il fait l'objet d'une partie de ping pong entre les différents acteurs: les équipes et les organisateurs, à qui l'UCI a demandé d'augmenter substantiellement leur contribution, renâclent à mettre la main à la poche.

Enfin, la gestion des résultats des analyses, réalisées par le laboratoire antidopage de Lausanne que l'on imagine vite débordé, n'est pas le moindre problème. «Le groupe de travail conjoint, poursuit Anne Gripper, va nommer un panel de sept experts qui décryptera les variations éventuelles du profil hématologique des coureurs» et fera des recommandations à l'UCI.

Ce sera en effet à la fédération internationale de décider si un profil, en fonction de son «degré d'anormalité», donne lieu à des sanctions ou à une simple interdiction de départ. Là encore, le consensus est fragile. Les coureurs et de nombreux scientifiques redoutent les erreurs d'interprétation et réclament une période test durant laquelle le passeport serait vidé de sa fonction répressive. Les événements de 2007 semblent avoir imposé une autre logique.

(ats)

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