Libye : Un diplomate avait prédit sa mort sur Internet
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Libye Un diplomate avait prédit sa mort sur Internet

Un des quatre diplomates américains tués mardi dans une attaque à Benghazi avait assuré quelques instants avant son décès dans un message instantané à un ami qu'il pourrait «mourir ce soir».

L'ancien militaire de l'US Air Force Sean Smith, officier en charge du service des communications au consulat, était en train de jouer en ligne quand des hommes armés ont manifesté devant la représentation américaine contre un film insultant l'islam selon eux.

Sean Smith, qui utilisait le pseudonyme «Vile Rat», était en discussion avec un autre joueur et a alors répondu à un précédent message: «Si l'on ne meurt pas ce soir. On a vu l'un des policiers qui gardent les lieux en train de prendre des photos».

«Il était connecté sur le service de messagerie instantanée quand les événements se sont produits», a raconté un de ses amis joueurs qui utilise le pseudonyme de «The Mittani».

Ce dernier a ajouté que Sean Smith avait ensuite écrit «Coups de feu !» avant de se déconnecter. Il n'est ensuite jamais revenu en ligne.

Selon la secrétaire d'Etat Hillary Clinton, Sean Smith avait passé 10 ans au département d'Etat. Il était en Libye pour une mission de courte durée.

Ambassadeur tué

L'ambassadeur américain en Libye et trois membres de la mission ont été tués mardi soir à Benghazi lors de violentes manifestations contre une vidéo jugée insultante pour le prophète Mahomet. Le président américain Barack Obama a promis justice mercredi, tout en assurant vouloir préserver les relations entre les deux pays.

Deux des quatre hommes tués ont péri dans une fusillade alors que des soldats américains tentaient de les évacuer d'une maison où ils s'étaient réfugiés, selon le vice-ministre libyen de l'Intérieur, Wanis al-Charif. Les autres auraient été visés par des tirs de roquettes. Au moins cinq Américains ont été blessés, a indiqué un reponsable américain.

L'attaque a aussi fait une dizaine de victimes - tuées ou blessées - parmi les agents de sécurité libyens qui protégeaient le bâtiment, a indiqué mercredi le représentant permanent adjoint libyen à l'ONU, Ibrahim Dabbashi.

L'attentat, selon un responsable des services de sécurité libyens, aurait été menée par Ansar al-Charia, un groupe islamiste sunnite. Selon un responsable du ministère libyen de l'Intérieur, la situation aurait dégénéré après des tirs des gardes américains sur les manifestants.

Tripoli s'excuse

Le président américain Barack Obama a promis mercredi lors d'une conférence de presses que justice serait faite, tout en assurant que ce drame ne nuirait pas aux relations entre Washington et le nouveau gouvernement libyen.

Le président de l'Assemblée nationale libyenne Mohammed Magarief a présenté des excuses aux Etats-Unis, promettant que les coupables seraient retrouvés et châtiés. Les autorités libyennes ont en outre accusé d'être responsables de l'attaque les partisans de l'ancien régime de Kadhafi, l'ambassadeur Christopher Stevens ayant soutenu avec passion la révolte populaire en 2011.

L'Occident condamne

Cette attaque a été unanimement condamnée en Occident, notamment par Paris et Londres, moteurs de l'appui militaire occidental aux rebelles libyens qui ont fait chuter le régime de Mouammar Kadhafi en 2011, mais aussi par l'Allemagne, l'Italie, l'UE et l'OTAN.

L'ONU a pour sa part affirmé que cette «attaque horrible et tragique» mettait un peu plus en lumière le défi sécuritaire auquel est confronté le gouvernement libyen. Dans une déclaration adoptée à l'unanimité, le Conseil de sécurité a dénoncé des violences «injustifiables».

La Suisse condamne également «avec fermeté» ces actes de violences, a déclaré mercredi le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) dans une prise de position, soulignant son intention de suivre l'évolution de la situation sécuritaire en Libye «avec la plus grande attention».

Le conseil islamique central suisse (CCIS) a pour sa part qualifié le film à l'origine de l'attaque de «provocation islamophobe» et a appelé dans un communiqué à faire disparaître la vidéo de la Toile.

Musulmans «offensés»

Dans plusieurs pays musulmans, les condamnations étaient d'ailleurs dirigées vers la vidéo ayant conduit aux violences, le jugeant «offensant» et «immoral». Les gouvernements égyptiens et tunisiens, tout en condamnant la vidéo, ont dénoncé l'attaque et enjoint leurs citoyens à manifester pacifiquement.

Plusieurs centaines de personnes ont protesté mercredi en Tunisie et au Maroc, mais aussi en Egypte devant l'ambassade américaine au Caire, théatre la veille de violentes manifestations. En Iran une manifestation est prévue jeudi devant l'ambassade de Suisse à Téhéran qui représente les intérêts des Etats-Unis.

Le Pakistan a condamné le film et la violence qu'il a entraînée. En Afghanistan, le site YouTube sur lequel la vidéo avait été diffusée a été brièvement bloqué. Les talibans ont eux appelé les Afghans à prendre les armes et se venger sur les militaires américains.

Réalisateur caché

La vidéo controversée réalisée aux Etats-Unis et intitulée «l'Innocence des musulmans» se veut une description de la vie de Mahomet. Elle présente le prophète comme un imbécile, un homme à femmes et un imposteur.

Le réalisateur du film est «bouleversé» et se cache, a déclaré mercredi un consultant qui a travaillé avec lui sur le long métrage, qui le connaît sous le pseudonyme de Sam Bacile.

La bande-annonce du film:

Le consulat américain de Benghazi en feu:

(ats/afp)

Le technocrate Moustapha Abou Chagour élu premier ministre

Le vice-premier ministre du gouvernement sortant, Moustapha Abou Chagour, a été élu mercredi par l'Assemblée nationale libyenne chef du nouveau gouvernement de transition. Il a devancé de peu le chef de l'alliance des libéraux Mahmoud Jibril. Il aura comme priorité de rétablir la sécurité dans le pays.

Près d'un an après la chute du régime de Mouammar Kadhafi, le chef du gouvernement aura également pour tâche de conduire une nouvelle période de transition. M. Abou Chagour a obtenu 96 voix, devançant de deux voix seulement le chef de l'alliance des libéraux. Au premier tour de scrutin, M. Jibril avait obtenu 68 voix, contre 55 pour M. Abou Chagour et 41 pour le candidat des islamistes, Awadh al-Baraassi, l'actuel ministre de l'Electricité.

Huit candidats s'étaient succédé lundi et mardi à la tribune pour convaincre les 200 membres du Congrès général national (CGN), plus haute autorité politique du pays issue des élections du 7 juillet. L'actuel vice-premier ministre Moustapha Abou Chagour est considéré comme proche des islamistes. Le vote s'est fait en deux tours: les deux candidats ayant remporté le plus de voix au premier tour ont été départagés lors d'un deuxième tour.

Après la sécurité, l'économie

Les programmes des candidats étaient centrés sur la sécurité et l'intégration des ex-rebelles ayant combattu l'ancien régime de Mouammar Kadhafi. La construction d'une armée et d'une police professionnelle ainsi que la surveillance des frontières constituaient la pierre angulaire des programmes présentés.

L'économie, le volet social et la réconciliation nationale, étaient également parmi les principaux thèmes abordés par les candidats. Ils étaient d'accord pour une suppression des subventions des produits alimentaires et du carburant, couplée avec une amélioration des revenus et la construction de logements sociaux.

L'Alliance des forces nationales (AFN) de Mahmoud Jibril, une coalition d'une soixantaine de petits partis libéraux menée par des architectes de la révolte de 2011, détient 39 sièges sur les 80 réservés à des partis politiques.

Le Parti de la justice et de la construction (PJC) issu des Frères musulmans est la deuxième formation politique avec 17 sièges. Les 120 sièges restants ont été attribués à des candidats indépendants aux allégeances et convictions encore floues.

La Libye «a besoin» des Américains

L'ambassadeur libyen aux Etats-Unis Ali Suleiman Aujali a estimé mercredi que son pays avait toujours «besoin de l'aide» américaine en condamnant «vivement» les violences qui ont coûté la vie mardi à quatre Américains, dont l'ambassadeur américain en Libye.

L'ambassadeur a indiqué devant la presse à Washington que son gouvernement «ferait tout son possible pour trouver les responsables de l'attaque mortelle» qui a coûté la vie à l'ambassadeur Christopher Stevens, afin de savoir si les auteurs «avaient des liens à l'étranger et combien de groupes sont impliqués».

Le «peuple américain nous a aidés pendant la guerre et la révolution, nous avons besoin de cette aide, pendant la guerre et pendant la paix», a ajouté l'ambassade lors d'une conférence de presse impromptue organisée par des responsables d'organisations religieuses musulmanes, juives et chrétiennes.

Le «gouvernement libyen se tient aux côtés des Etats-Unis pour s'opposer aux actes de terrorisme», a ajouté l'ambassadeur, assurant que les «Libyens ne soutenaient pas» de tels actes.

Evoquant M. Stevens, M. Aujali a rendu hommage à son «partenaire de tennis», qui «venait prendre le petit-déjeuner chez moi, le premier à venir à Tripoli et Benghazi après la révolution. Il était l'homme qu'il fallait au bon moment et au bon endroit», a ajouté l'ambassdeur, répétant que ce décès était «une grande perte pour nous».

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