Genève: Un divorce risqué pour le mari commanditaire
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GenèveUn divorce risqué pour le mari commanditaire

L'homme suspecté d'avoir voulu tuer sa riche épouse a comparu à la barre, jeudi, à Genève.

par
mag

Au troisième jour du procès de quatre hommes accusés d'être impliqués dans la tentative d'assassinat d'une riche épouse, le mari commanditaire, 57 ans, a été entendu par le Tribunal criminel. L'interrogatoire a porté sur le divorce des époux, en lien direct avec le crime.

Les époux parlent pour la première fois de divorce en 2007, après dix ans de mariage. L'idée prend une tournure concrète dès 2009. Etant déjà passé par là, le mari ne veut pas risquer, une nouvelle fois, de perdre ses enfants. «Je voulais leur donner ce que je n'avais pas eu: une famille», a-t-il déclaré jeudi matin.

En juin 2010, ce banquier annonce à un ami kosovar du couple, entrepreneur et associé en affaires, vouloir faire tuer son épouse. «Je l'ai dit comme un exutoire», a-t-il déclaré aux juges. «J'ai vécu un couple de mascarade, j'avais du ressentiment. Après trois ans, mes barrières ont lâché», a-t-il expliqué à Marc Bonnant, avocat de la plaignante.

Ultimatum

Trois mois plus tard, l'ami a trouvé un tueur à gages. Les modalités de la mission sont alors définies. «Je souhaitais que le crime ait l'air d'un accident afin que je ne sois pas mis en cause.» L'homicide doit passer pour un cambriolage qui a mal tourné.

Mais ce premier homme de main disparaîtra avec l'acompte. En 2011, l'entrepreneur assure que la mission sera remplie. A la fin de l'année, le mari se plaint que rien n'avance. Il pose un ultimatum pour la fin de l'année.

Une autre issue

Le projet de divorce, lui aussi, piétine. Les époux ne sont pas d'accord sur les modalités de la convention. La femme demande le partage des acquêts, son apport ayant été plus important que celui du mari, touché par l'affaire Madoff en 2008. Marié sous le régime de la participation aux acquêts, il aurait dû toucher 10 millions de francs, comme l'a relevé son avocate Yaël Hayat.

En février 2012, le financier est finalement d'accord avec les conditions de son épouse. Il a rencontré une autre femme. Cette relation le réconcilie avec lui-même, lui fait voir qu'il existe une autre issue que son projet criminel. Il a affirmé jeudi avoir dit en janvier à son ami kosovar de tout arrêter. Il le répétera en février, après avoir appris qu'il allait de nouveau être père.

Ce contrordre n'a pas été transmis. Un nouvel homme de main, cousin d'un compatriote de l'entrepreneur, passe à l'acte le 19 février, à 22h48. Il agresse l'épouse à son retour de vacances, dans le jardin de sa propriété de Chêne-Bougeries. Elle s'en sort avec des blessures de couteau à la joue et au cou, notamment.

Aveux tardifs

Dans la maison avec ses deux enfants, le mari entend un cri. Il assure qu'il n'a pas réalisé ce qu'il se passait: il a entendu des halètements et a pensé à un couple qui s'envoyait en l'air. «Et c'est fréquent, dans votre quartier, que des gens fassent l'amour dans les buissons en février, lorsqu'il fait -5 degrés?», s'est moqué Me Bonnant, l'avocat de la victime, persuadé que tout était calculé.

L'homme sort armé d'un revolver chargé et accompagné d'un bouledogue. Il trouve sa femme ensanglantée. Il a affirmé ne pas comprendre pourquoi l'agression a eu lieu, alors qu'il avait demandé à plusieurs reprises de tout arrêter. Au point qu'il soupçonne sa femme d'avoir simulé sa propre agression.

Dans un deuxième temps, il dira à la justice avoir voulu lui faire peur pour qu'elle laisse la maison. Il avouera tout en mars 2013, des mois après l'entrepreneur, comme l'a rappelé l'avocat de ce dernier, François Canonica.

Le procès se poursuit vendredi. Les deux cousins sont accusés de tentative d'assassinat, et l'entrepreneur d'instigation à tentative d'assassinat. Le verdict doit tomber le 10 octobre. (mag/ats)

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