Actualisé 06.06.2011 à 07:29

Crise au Yémen

Un éclat d'obus près du coeur

Sérieusement blessé par un éclat d'obus et des brûlures, le président yéménite Saleh compte bien être de retour au pouvoir dans deux semaines. De leur côté, les opposants s'organisent.

Evacué samedi à Ryad pour être traité, il «a subi deux opérations qui ont réussi: la première a consisté à extraire un éclat (d'obus) de la poitrine, alors que la deuxième est une opération de neurochirurgie au cou», a déclaré un responsable saoudien sous couvert d'anonymat. «La prochaine opération sera une opération de chirurgie esthétique», a-t-il ajouté.

Son évacuation samedi soir a provoqué des scènes de liesse à Sanaa, ainsi qu'à Taëz où des milliers d'opposants ont fêté l'événement en tirant des feux d'artifice afin de célébrer «la chute du régime». Des dizaines de milliers de jeunes scandaient dimanche sur le lieu du sit-in permanent: «Aujourd'hui, un nouveau Yémen est né».

Beaucoup espèrent qu'il ne reviendra pas, mais le président contesté, au pouvoir depuis 33 ans, a bien l'intention de regagner la capitale yéménite. Il le fera dans deux semaines, après sa période de convalescence, a indiqué à l'AFP un responsable saoudien.

«Conseil national transitoire»

Dans un communiqué parvenu lundi à l'AFP, les jeunes protestataires proposent un conseil présidentiel représentant «toutes les forces politiques» dont la tâche serait de former «un gouvernement de technocrates», «un conseil national transitoire» et d'élaborer «une nouvelle Constitution».

Ces jeunes, qui campent depuis le 21 février sur une place de Sanaa pour réclamer la démission de M. Saleh, au pouvoir depuis près de 33 ans, se félicitent dans leur communiqué «du départ» du chef de l'Etat.

Qui est au palais?

Cette absence ouvre la porte à toutes les interrogations quant à la personne détenant réellement le pouvoir au Yémen. Conformément à la Constitution, c'est au vice-président Abd-Rabbou Mansour Hadi d'assumer l'intérim en tant que chef de l'Etat. Mais aucune annonce officielle n'a été faite pour confirmer sa nouvelle position et l'agence officielle Saba continue de le nommer «vice-président».

Des sources proches de la présidence ont indiqué que M. Mansour Hadi ne s'était pas installé au palais présidentiel, symbole du pouvoir. Selon elles, c'est Ahmed, le fils aîné du président Saleh et commandant de la Garde républicaine, qui s'y trouverait.

«Il y a actuellement deux hommes forts au Yémen: Ahmed Ali Abdallah Saleh, qui a hérité le pouvoir de son père, et le général Ali Mohsen Al-Ahmar, qui jouit de l'appui de l'opposition», explique un spécialiste du pays sous couvert d'anonymat.

La vacance du pouvoir suscite des inquiétudes dans la rue. «Les gens se préoccupent de ce qui va se passer après le départ de Saleh. Ils s'inquiètent d'un coup d'Etat militaire ou de luttes de pouvoir au sein de l'armée», a déclaré un habitant d'Aden.

Mais la situation dans la capitale va peut-être s'apaiser. Le puissant chef tribal des Hached, Sadek al-Ahmar, a accepté dimanche soir sous conditions un cessez-le-feu ainsi que l'évacuation des bâtiments publics qu'occupent ses partisans à Sanaa. (ats)

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