Un édile belge noir victime de racisme organise une cérémonie de mariage géante
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Un édile belge noir victime de racisme organise une cérémonie de mariage géante

SAINT-NICOLAS - Wouter Van Bellingen a le nom, le jargon, les vêtements et l'éducation du conseiller municipal flamand typique.

Une chose cependant le distingue: Van Bellingen est noir dans une ville à majorité blanche. Trop noir pour trois couples qui ont récemment refusé de le laisser célébrer leur cérémonie de mariage à la mairie, revendiquant un mariage tout blanc.

«Il s'agit de la forme de racisme la plus primitive. Seulement à cause de ma couleur de peau», a déclaré Van Bellingen. Adopté par une famille flamande à sa naissance, il n'a jamais connu ses parents rwandais.

Habitué aux manifestations de racisme à son égard, Van Bellingen a décidé de transformer cette mésaventure en expérience positive: au lieu de porter plainte pour discrimination, il a donc organisé une célébration de la diversité.

Mercredi soir, il a supervisé une cérémonie de masse: près de 700 couples se sont promis l'amour éternel ou ont renouvelé leur vœux ou encore se sont fiancés, envoyant au monde un message d'antiracisme.

«Oui», ont-ils crié lorsque Van Bellingen leur a demandé, dans l'obscurité du parc extérieur de la mairie, s'ils étaient prêts à sceller leurs destins.

«Je vous déclare tous unis par les liens du mariage», a-t-il déclaré sous les acclamations de la foule. Après les effusions, les embrassades, la photo de groupe et «un buffet de desserts multiculturels», le bal de noce a pu commencer.

Cette initiative est dans la droite ligne de l'action que mène Van Bellingen au quotidien pour lutter contre les abus racistes.

«Je n'ai pas peur. D'un côté, ça a été enrichissant», a-t-il déclaré à l'Associated Press. Vous créez un mécanisme pour mettre les choses en perspective. Je fais la même chose avec humour.»

Le mois dernier, on appel à une cérémonie de mariage non officielle a vite rencontré un soutien massif, bien plus important que ce à quoi il s'attendait.

Laurent De Keersmaecker, 84 ans, agitait une photo de sa femme Wivina en sanglotant discrètement dans un coin de la tente où se trouvaient les registres matrimoniaux. Il serait marié depuis 60 ans si son épouse n'était pas décédée brutalement il y a deux ans. «Je voulais juste renouveler mes vœux», a-t-il murmuré.

«C'est scandaleux ce que ces trois couples ont fait. Blanc, jaune ou noir, qu'est-ce que ça change?», s'est-il exclamé.

Van Bellingen est devenu le premier conseiller municipal noir élu en Flandres, région du nord de la Belgique. Il représente un parti nationaliste modéré.

Il voit dans son élection le symbole de l'opposition croissante au racisme dans une ville où le Vlaams Belang, parti xénophobe, a pourtant recueilli 26% des voix aux élections l'année dernière, confortant sa position de principale force politique en Belgique du Nord.

Il y a un an, un adolescent lié aux milieux d'extrême-droite s'était déchaîné avec un fusil à Anvers, non loin, cherchant d'apparence étrangère. Il avait tué une Africaine et la fillette blanche qu'elle gardait, et grièvement blessé une femme turque.

(ap)

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